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La libération de Giuliana Sgrena ternie par la mort d’un agent

Roberto Landucci et Robin Pomeroy

samedi 5 mars 2005, sélectionné par Spyworld

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BAGDAD (Reuters) - La libération de Giuliana Sgrena, enlevée en Irak le 4 février, a été endeuillée vendredi soir par la mort d’un agent des services secrets italiens, tué par des tirs de l’armée américaine contre la voiture qui devait emmener la journaliste italienne à l’aéroport de Bagdad.

Le président du Conseil italien, Sivio Berlusconi, a immédiatement convoqué l’ambassadeur des Etats-Unis à Rome pour obtenir des explications sur cette bavure, affirmant que les responsabilités dans cet incident devaient être éclaircies.

Sgrena a été remise vendredi à trois agents italiens qui devaient ensuite la conduire vers l’aéroport de Bagdad, mais la voiture a été prise sous les tirs américains à un poste de contrôle, a déclaré le chef du gouvernement italien.

"L’agent, Nicola Calipari, a protégé Sgrena de son corps, il a été atteint par une balle qui lui a malheureusement été fatale", a-t-il ajouté, précisant que la journaliste avait été blessée à l’épaule avant d’être emmenée dans un hôpital militaire américain.

Berlusconi a souligné qu’il connaissait personnellement Calipari, qui avait déjà travaillé sur de précédentes libérations d’otages italiens en Irak, et que son épouse est l’une de collaboratrices.

A Washington, le Pentagone a déclaré que les "forces multinationales" étaient à l’origine des tirs, sans mentionner explicitement la responsabilité de l’armée américaine.

L’état-major américain a ensuite affirmé que la procédure avait été respectée. Selon lui, les soldats ont tenté de mettre en garde le véhicule par des tirs de sommation avant de tirer dans le moteur en voyant que le conducteur ne ralentissait pas.

George Bush a fait part de ses regrets, a déclaré la Maison blanche.

"Nous lui souhaitons un prompt rétablissement", a déclaré Scott McClellan, porte-parole du président américain, au sujet de Sgrena. "Nous regrettons la perte d’une vie humaine."

Un responsable du Pentagone a précisé que la journaliste italienne était désormais sous la protection de l’armée américaine. Bryan Whitman, porte-parole du département de la Défense, a déclaré qu’une enquête avait été ouverte pour faire la lumière sur l’incident.

LA JOIE LAISSE PLACE A LA COLERE

Au sein de la rédaction d’Il Manifesto, le quotidien de gauche pour lequel travaille Giuliana Sgrena, la joie a rapidement laissé place à la colère.

"Cette nouvelle, qui aurait dû être un moment de joie, a été gâchée par cette fusillade", a déclaré Gabriele Polo, rédacteur en chef d’Il Manifesto, un journal qui s’est toujours opposé à l’intervention américaine en Irak.

"Un agent italien a été tué par une balle américaine. C’est la démonstration tragique, que nous aurions souhaité ne jamais voir arriver, que tout ce qui se passe en Irak est complètement absurde et fou", a-t-il ajouté auprès de la chaîne de télévision Sky Italia en retenant ses larmes.

Le président italien Carlo Azeglio Ciampi a transmis ses condoléances à la famille de l’agent décédé, dont Pier Scolari, le conjoint de Sgrena, a salué la mémoire. "C’était un homme extraordinaire, il m’avait donné la certitude que Giuliana reviendrait", a-t-il dit.

La libération de la journaliste italienne avait été annoncée en fin d’après-midi par la chaîne de télévision panarabe Al Djazira avant d’être confirmée par le gouvernement italien, selon lequel Sgrena devait rentrer dans la nuit à Rome.

Al Djazira a diffusé des images de Sgrena, revêtue d’une robe noire et assise devant une table sur laquelle était posée une corbeille de fruits. D’après la chaîne de télévision basée au Qatar, la journaliste remercie ses ravisseurs pour le bon traitement qu’ils lui ont réservé.

Giuliana Sgrena, âgée de 57 ans, a été relâchée par ses ravisseurs à Bagdad, un mois jour pour jour après avoir été enlevée alors qu’elle réalisait des interviews près de l’Université de la capitale irakienne.

Après des jours de silence, elle était apparue sur un enregistrement vidéo diffusé le 16 février dans lequel elle demandait grâce et exhortait les forces internationales déployées en Irak à s’en retirer.

ESPOIR EN FRANCE

Comme lors des précédentes prises en otages d’Italiens en Irak, le gouvernement de Silvio Berlusconi a refusé de céder à cette exigence. L’Italie compte environ 3.000 soldats en Irak, soit le quatrième contingent étranger le plus important derrière ceux des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de Corée du Sud.

Giuliana Sgrena était la huitième ressortissante italienne prise en otage en Irak. En août, un autre journaliste italien, Enzo Baldoni, avait été enlevé et exécuté par ses ravisseurs.

L’enlèvement de la journaliste avait suscité l’émoi de la population italienne et déclenché un mouvement réclamant sa libération, ainsi que celle de la journaliste française Florence Aubenas et de son guide, Hussein Hanoun, disparus en Irak le 5 janvier.

Avant les rebondissements liés aux tirs américains, l’annonce de la libération de Sgrena avait suscité un regain d’espoir en France.

Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a salué "les efforts de chacun, en particulier de la presse et du gouvernement italien".

RSF avait affiché le portrait de Sgrena à côté de ceux de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun sur la place de la République à Paris. Il devrait être décroché lundi à 15h00.


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