vendredi 15 décembre 2017

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"La seule limite des terroristes est leur imagination"

André Duchesne, la Presse

jeudi 31 août 2006, sélectionné par Spyworld

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Entre les bombes artisanales, les couteaux, les armes à feu et, aujourd’hui, les explosifs liquides, c’est... l’inconnu qui préoccupe le plus Jacques Duchesneau, grand patron de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), agence fédérale créée dans la foulée des événements du 11 septembre 2001.

La menace se diffuse et se brouille. Elle se transforme et se confond dans la masse. Il est donc encore loin le jour où on l’aura mise en échec dit M. Duchesneau dont l’agence a la responsabilité de contrôler tous les bagages et les voyageurs transitant par l’un ou l’autre des 89 aéroports du pays.

L’ancien chef de police de Montréal, à la tête de l’ACSTA depuis son sa naissance, le 1er avril 2002, identifie quatre types d’Al-Qaïda : le mouvement central autour d’Oussama ben Laden, les affiliés entraînés par le mouvement et répartis aux quatre coins du monde, les groupes locaux entretanant des contacts sporadiques et les indépendants.

Si le profil du terroriste s’est fractionné, il en va de même pour ses techniques de travail. Il faut donc constamment s’ajuster.

Deux milliards

En décembre 2001, le gouvernement fédéral annonçait l’injection de 7,7 milliards sur cinq ans afin d’améliorer la sécurité, traquer les terroristes au pays, renforcer les contrôles frontaliers, etc. De cette somme, près de deux milliards sont allés à la création de l’ACSTA, dont au moins 500 millions pour l’achat de nouveaux équipements pour le contrôle des bagages enregistrés.

Et déjà, certains de ces équipements doivent être remplacés ou reprogrammés afin de pouvoir détecter de nouveaux types d’explosifs.

L’autre changement majeur découlant de la création de l’ACSTA, ce sont les employés.

Auparavant, la sécurité aux points de contrôle des aéroports était décentralisée à chacun d’eux. Les compagnies aériennes désignaient l’une d’elle pour faire l’embauche d’une firme extérieure responsable du travail.

Maintenant, l’ACSTA signe des contrats avec des compagnies à qui elle verse un montant forfaitaire pour leurs services. Ces sous-contractants paient leurs employés mais l’ACSTA est responsable de leur formation.

La formation de base a plus que triplé (de 50 à 180 heures) et chacun des quelques 4400 agents de contrôle reçoit de la formation supplémentaire annuellement. La vigilance de chacun est contrôlée par des tests d’infiltration menée par Transports Canada. Un agent qui échoue retourne en formation.

Totalement insuffisant

La profession de foi de M. Duchesneau ne convainc pas tout le monde. Président du comité sénatorial permanent sur la sécurité nationale et la défense, le sénateur libéral Colin Kenny dénonce avec vigueur la situation actuelle qu’il juge inacceptable. , écrivait-il dans une lettre d’opinion publiée le 16 août dernier dans le quotidien The Ottawa Citizen.

Dans sa missive, le sénateur Kenny était littéralement déchaîné, affirmant que la sécurité aérienne au Canada ressemble à une maison où la porte prinicipale est bien verrouillée alors que la porte arrière est entrebaillée et les fenêtres grandes ouvertes. Certes, y disait-il, les contrôles des voyageurs sont serrés. C’est tout le reste qui fait défaut. À commencer par les employés des aéroports.

Les mêmes carences sont observées chez les travailleurs de chantiers -et ils sont nombreux dans les grands aéroports du pays- ou encore chez les fournisseurs de services. Chaque jour, de nombreux camions viennent livrer des marchandises et des produits dans les aéroports sans faire l’objet d’aucune inspection.

À cela, l’ACSTA réplique qu’environ un million de contrôles sont réalisés annuellement sur des non-voyageurs. D’autres grands projets visant à resserrer davantage la sécurité s’en viennent, promet aussi M. Duchesneau qui se garde cependant d’en dire davantage.

L’aéroport du futur

Selon Jacques Duchesneau, l’aéroport du futur sera constituté d’un long corridor d’entrée où tous les systèmes de sécurité seront concentrés. Encastrés dans les murs, des senseurs extrêmement sensibles seront en mesure de détecter tous produits ou objects non conforme aux règles prescrites. Ces corridors ne seront pas installés près des points d’embarquement mais à l’entrée des aéroports. Lorsqu’une alarme se déclenchera, on fouillera tout jusqu’à ce que l’on trouve les matières suspectes. Une telle technologie pourrait devenir réalité dans un avenir de 5 à 10 ans.

L’ACSTA en chiffres

89 aéroports 4400 agents de contrôle 39 millions de passagers par année 100 millions de décisions à prendre par année 20 secondes en moyenne pour prendre une décision 100 % du contrôle des babages sur les vols domestiques et internationaux Entre 1000 et 1500 couteaux à boîtes (comme ceux utilisés par les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 ) saisis annuellement


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