mercredi 18 octobre 2017

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Un commandement militaire pour l’Afrique

RFI.fr

jeudi 31 août 2006, sélectionné par Spyworld

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Les responsables militaires américains veulent disposer d’un commandement unique pour l’Afrique. Une proposition dans ce sens a été remise par le Pentagone au secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. Mais c’est le président Bush qui va trancher en dernier ressort. Pour les Américains, l’Afrique dépend actuellement de trois commandements militaires distincts. Le département de la Défense craint que l’Afrique ne devienne une menace pour la sécurité des Etats-Unis à cause des réseaux terroristes. Washington veut aussi garantir ses importations de pétrole africain.

Des responsables de la Défense des Etats-Unis ont fait savoir mercredi que le Pentagone est en train d’étudier la création d’un nouveau commandement militaire pour l’Afrique, à cause des menaces qui peuvent nuire à la sécurité de l’Amérique. Plusieurs journaux affirment que le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, va être capable de convaincre le président George Bush de donner son accord à cette proposition qui marque un changement dans les doctrines du Pentagone.

Revirement stratégique

Selon la revue ce serait le signe d’un important revirement stratégique de la politique des Etats-Unis, reflétant le besoin de mettre l’accent sur l’initiative et les mesures préventives, plutôt que de rester campé sur une position défensive conçue pour la Guerre froide. Le porte-parole du Pentagone, le lieutenant Joe Carpenter, a déclaré à ce sujet que les responsables militaires des Etats-Unis disposent maintenant d’un « sens plus aigu de l’importance stratégique de l’Afrique. Dans le monde post-11 septembre, nous disposons d’une meilleure connaissance des menaces provenant de territoires en proie à une vacance de pouvoir ».

En effet, les autorités américaines et tout particulièrement les responsables de la lutte antiterroriste se sont déclarés inquiets au sujet de la situation dans la Corne de l’Afrique et tout particulièrement des changements en cours en Somalie, suite à la prise de la capitale de ce pays, Mogadiscio, par les Tribunaux islamiques en juin dernier.

Washington affirme que les islamistes somaliens sont en contact avec le réseau al-Qaïda qui aurait aussi des adeptes en Afrique du Sud, au Nigeria et dans la région saharienne. En 1998, des attentats à la bombe attribués à al-Qaïda contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie ont provoqué plus de 200 morts. Washington craint que le réseau al-Qaïda puisse se nourrir de la misère qui atteint un grand nombre d’Etats africains.

Un commandement africain unique au lieu de trois

Le futur commandement africain aurait donc pour tache la coordination de la politique de défense des Etats-Unis en Afrique. En réalité, les responsables du Pentagone souhaiteraient que ce nouveau commandement devienne une sorte d’interlocuteur militaire unique concernant le continent africain, pour différentes structures telles que la CIA ou le département d’Etat. Pour les militaires américains, l’Afrique dépend, en ce moment, de trois commandements distincts qui ont à leur tête des « généraux quatre étoiles ». Ainsi la Corne d’Afrique est de la responsabilité du Centcom, aussi connu comme l’US Central Command, qui a surtout à sa charge le Proche-Orient. Madagascar et les îles de l’océan Indien sont de la responsabilité du Pacific Command, tandis que le reste du continent est sous la tutelle de l’European Command, basé à Stuttgart, en Allemagne.

Les responsables du Pentagone ont démenti que la création d’un futur commandement africain puisse entraîner une augmentation des effectifs militaires des Etats-Unis sur le continent. Le porte-parole du département de la Défense, cité par Reuters, a préféré souligner l’importance de la coopération militaire en déclarant que « de nombreuses armées africaines souhaitent établir des relations avec les Etats-Unis afin que nous les aidions à améliorer leurs dispositifs, à défendre leurs frontières, à empêcher les déplacements de terroristes, à réaliser leur potentiel économique ».

La Corne d’Afrique : principale zone d’intervention américaine

Les Etats-Unis disposent actuellement d’une seule base militaire en Afrique qui est installée à Camp-Lemonier, en République de Djibouti. 1 800 militaires américains y sont stationnés, dans le cadre de la force conjointe pour la Corne de l’Afrique (Combined Joint Task Force Horn of Africa), qui a surtout la vocation à des missions « préventives », visant notamment la détection de groupes terroristes en liaison avec les réseaux du Proche-Orient. Cette base aurait été utilisée dans le cadre des opérations clandestines en Somalie pour soutenir les chefs de guerre, qui s’opposaient à l’avancée des Tribunaux islamiques.

Les Etats-Unis ont organisé à plusieurs reprises des exercices militaires, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le banditisme transfrontalier. Près de 300 soldats américains ont ainsi participé aux manœuvres « Flintlock » en juin 2005 au Mali. Des militaires de sept autres pays (Tchad, Niger, Algérie, Sénégal, Mauritanie, Tunisie et Maroc) ont aussi été présents dans cet exercice. Des militaires américains, notamment des marines, ont également participé aux manœuvres « Natural Fire » conjointement avec des soldats kényans, tanzaniens et ougandais. Les Etats-Unis étaient également très présents dans les premières manœuvres de la nouvelle force réactive de l’Alliance Atlantique qui ont eu lieu en juin dernier dans l’archipel du Cap-Vert.

La création du commandement militaire américain en Afrique peut aussi se justifier par l’augmentation des importations pétrolières. L’Afrique occidentale fournit actuellement près de 16% du volume des hydrocarbures consommés aux Etats-Unis. Ces importations devront atteindre les 25% en 2015. Washington a aussi besoin de garantir la sécurité de ces ressources pétrolières, à un moment où la Chine s’intéresse de plus en plus aux matières premières africaines.


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