vendredi 20 octobre 2017

Accueil du site > Terrorisme > International > Berlin prépare un fichier antiterroriste

Berlin prépare un fichier antiterroriste

Pierre Bocev .

lundi 4 septembre 2006, sélectionné par Spynews

logo

Les ministres de l’Intérieur du gouvernement fédéral et des Länder espèrent finaliser aujourd’hui le projet qui traîne depuis cinq ans.

CINQ ANS, si tout va bien. Cinq ans qu’il aura fallu en Allemagne pour se mettre d’accord sur la création d’un fichier antiterroriste central, une entreprise mise en chantier au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Les ministres de l’Intérieur du gouvernement fédéral et des seize Länder se réunissent aujourd’hui à Berlin pour mettre la dernière main à ce projet qui a profondément divisé les pouvoirs fédéral et régionaux, mais aussi les partis politiques. Un accord est enfin en vue, « à 90% » si l’on en croit les experts.

L’affaire du double attentat manqué contre des trains, fin juillet, a accentué la pression de l’opinion qui ressent pour la première fois le terrorisme comme une menace réelle. En un mois, selon un sondage, le nombre d’Allemands qui font état d’une perception du danger est passé d’un tiers à deux tiers. Du côté de la lutte antiterroriste, la situation est insatisfaisante à souhait. Pas moins de trois douzaines d’organisations sont engagées dans la traque des terroristes. Chacun des seize Länder a sa propre police judiciaire et son instance régionale chargée de la protection de la constitution, l’équivalent de la DST. Ce a quoi s’ajoutent, à l’échelle fédérale, les administrations analogues mais aussi le service d’espionnage du BND, son alter ego militaire le MAD, la police fédérale et, pour partie, les douanes.

Tout ce beau monde, on s’en doute, regimbe à coopérer sans arrière-pensées, même s’il existe depuis peu à Berlin un centre de coopération dans la lutte contre le terrorisme. Le mois dernier encore, dans l’enquête contre les auteurs des attentats contre les trains, ce centre « était souvent moins au fait de l’évolution que les journaux à Cologne et à Düsseldorf », ironisait le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Le choc du 11 Septembre

L’origine de cette dispersion des moyens est à rechercher dans la structure fédérale de l’Allemagne, mais aussi dans son histoire : le souvenir de la Gestapo, puis de la Stasi est-allemande, fait qu’il y a une stricte séparation entre la police et les services spéciaux, de peur de voir émerger une nouvelle police politique. S’y ajoute un sentiment développé de droit à la protection des données personnelles. Après le choc du 11 Septembre, il était devenu évident que cette architecture sécuritaire ne saurait perdurer. Le plan d’un fichier central avait alors été lancé par la coalition « rouge-verte » de Gerhard Schröder. Il s’est vite enlisé dans des luttes corporatistes, mais aussi des incompatibilités avec l’opposition de droite, maximaliste.

Les conservateurs plaidaient pour la mise en place d’un réseau où toutes les données apparaîtraient en clair à chaque consultation. Ce qui a été exclu par la gauche, pour des raisons d’ordre idéologique et constitutionnel, mais aussi par les services secrets, peu enclins à partager librement leur savoir et à courir de ce fait le danger d’être snobés par leurs homologues d’autres pays, inquiets pour leurs sources.

Au fil des concessions de part et d’autre, la solution qui se dessine prévoit un fichier à deux niveaux. Un premier, libre d’accès pour tous les services, réunirait des données de base sur les suspects comme leur identité, leur origine, leurs coordonnées bancaires, une vingtaine de caractéristiques au total. Au-delà, pour tout ce qui est confidentiel, l’enquête informatique sur un nom ferait apparaître que tel ou tel service dispose d’informations supplémentaires, mais rien de plus. Une demande devrait lui être adressée au cas par cas pour y accéder. Les dernières divergences portent sur la légitimité du stockage de données comme le port d’armes ou l’appartenance religieuse, mais elles semblent surmontables.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :