dimanche 22 octobre 2017

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la folle expansion d’un équipementier chinois

Fabrice Deblock, JDN Solutions

lundi 4 septembre 2006, sélectionné par Spynews

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Spécialisé dans les réseaux de nouvelle génération pour opérateurs, Huawei remporte de nombreux contrats en cassant les prix. Une politique parfois freinée par des considérations politico-stratégiques.

Le fournisseur chinois de réseaux de nouvelle génération pour opérateurs télécoms - Huawei Technologies - creuse son trou, discrètement mais sûrement. Créé il y a seulement 18 ans, il compte actuellement quelque 34 000 salariés à travers le monde, rivalisant avec les plus gros acteurs tels Lucent, Alcatel ou Cisco.

En 2005, le groupe a réalisé 8,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 47% d’une année sur l’autre. 60% de ses ventes provenaient de l’étranger. Le groupe revendique par ailleurs le fait de toucher 28 des 50 premiers opérateurs télécoms mondiaux.

En Europe, Huawei a pour ambition de doubler ses ventes en 2006. L’objectif à atteindre est de 850 millions de dollars (source : Les Echos). Pour y parvenir, l’équipementier enchaîne les contrats, avec une forte réputation de "casseur de prix".

Fin juin, c’est l’opérateur télécoms Completel qui lui a accordé sa confiance. Pour le déploiement de son réseau français, ce dernier a choisi les équipements de transmission optique et d’accès haut débit de la gamme Huawei Technologies. A cette occasion, Completel s’est vu mettre à sa disposition une équipe française de support technique dédiée, de la maintenance, un call center ainsi qu’un centre de formation doté d’équipements optiques et DSLAM (basé à Suresnes - 92).

Implanté en France depuis 2003, Huawei y emploie une équipe composée de 70 Français, 40 Chinois permanents et une vingtaine de Chinois temporaires qui travaillent en support des projets. Le fournisseur est organisé en 5 divisions : réseaux optiques, réseaux haut débit et nouvelle génération, datacom, terminaux et réseaux mobiles.

Parmi les autres contrats récemment décrochés en Europe, on compte celui signé avec Vodafone, visant à fournir la partie accès radio du réseau haut débit WCDMA / 3G (HSDPA) de l’opérateur dans certaines grandes villes d’Espagne.

Si le prix fait très souvent mouche auprès des opérateurs, il est néanmoins certains contrats qui coincent... En Inde tout d’abord, où le fait que Huawei décroche - en mars 2005 - une licence lui permettant d’être fournisseur d’équipements télécoms dans le cadre de grands projets étatiques, a déclenché une levée de boucliers. Le contre-espionnage indien a en effet émis des réserves sur les liens supposés que l’équipementier entretiendrait encore aujourd’hui avec l’appareil militaro-étatique chinois.

Un argument que réfutent vigoureusement les dirigeants de Huawei, déclarant que leur groupe est à 100% privé, sans aucune attache avec l’Etat chinois. Sur le premier point, Huawei présente effectivement la particularité d’appartenir à ses salariés, son fondateur ne possédant officiellement que 2% de l’entreprise. Sur le second point, il faut prendre en considération à la fois l’histoire du groupe et son mode de financement au fil des années pour se faire une idée.

Historiquement, Huawei a été créé par Ren Zhengfei, ancien officier de l’armée populaire de libération. D’abord simple importatrice de produits étrangers, la petite société s’est rapidement mise à produire elle-même. Les liens que Ren Zhengfei a gardés avec l’armée et l’Etat lui ont ouvert les portes d’un marché national gigantesque. En 1988, la Chine ne possédait par exemple que 3 millions de lignes fixes. Aujourd’hui, ce chiffre est monté à 259 millions.

Côté financements, Huawei a bénéficié, en 2004, d’une incroyable ligne de crédit de 10 milliards de dollars, accordée par la banque d’Etat China Development Bank. Une enveloppe qui lui a notamment permis de se développer à l’international en proposant des prix parfois 50% moins élevés que ses concurrents occidentaux. D’où les suspicions actuelles de collusion avec l’Etat.

Certains observateurs vont jusqu’à dire que le groupe serait en réalité dirigé directement par l’armée populaire de libération et que, derrière les chiffres mirobolants de progression du chiffre d’affaires, il n’y aurait que très peu de bénéfices réalisés, juste une volonté farouche d’imposer sur le plan international un acteur chinois dans un secteur en forte croissance.

Pour toutes ces raisons, la Grande-Bretagne a, elle aussi, été le théâtre d’une levée de boucliers contre le groupe chinois, du même acabit que celle survenue en Inde. En avril 2005, l’équipementier a décroché un contrat de 140 millions de dollars pour renouveler une importante partie de l’infrastructure de British Telecom.

Au même moment, Huawei aurait également été en lice pour racheter la société Marconi, alors mal en point. Les conservateurs britanniques alertèrent alors l’opinion sur le danger de voir un acteur chinois s’emparer d’une telle société, en raison principalement des travaux liés à la défense nationale sur lesquels Marconi était engagé. Ce fut finalement Ericsson qui remporta la mise, Huawei ayant décidé de ne pas faire d’offre sur Marconi...

Rappelons également que Cisco, en 2003, avait porté plainte contre Huawei pour violation de brevets liés à certains de ses routeurs et switchs. Huawei retira alors du marché américain les produits incriminés et modifia les lignes de commande de ses interfaces, de ses manuels utilisateurs et de portions de code source. Les deux parties trouvèrent par la suite un accord dont les détails ne furent jamais dévoilés.

Enfin, même si un cabinet d’audit de renom international (KPMG) a été choisi pour suivre les comptes de la société, peu d’informations financières filtrent sur la santé de l’équipementier. Un élément supplémentaire qui concourt à générer de méfiance et retenue de la part de certains gouvernements ou grands comptes en quête d’un fournisseur fiable et transparent.


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