dimanche 22 octobre 2017

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La fusion Alcatel-Lucent à l’épreuve des actionnaires

Yann le Galès, le Figaro

lundi 4 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Serge Tchuruk et Pat Russo rencontrent jeudi leurs actionnaires pour les convaincre de donner leur feu vert au mariage entre leurs deux groupes. Les deux dirigeants doivent faire face à une fronde des opposants des deux côtés de l’Atlantique.

CINQ MOIS après l’annonce de leur mariage le dimanche 2 avril, le français Alcatel et l’américain Lucent franchissent les derniers obstacles à leur fusion. Après avoir obtenu le 7 juin le feu vert de la division antitrust du département américain de la Justice et le 24 juillet celui de la Communauté européenne, Pat Russo, PDG de Lucent, et Serge Tchuruk, PDG d’Alcatel, ont multiplié pendant les dix derniers jours d’août les présentations devant les investisseurs américains et européens. Ils vont encore devoir convaincre jeudi leurs actionnaires de voter pour leur projet. Pat Russo se livrera à ce difficile exercice au théâtre DuPont à Wilmington dans l’État du Delaware et Serge Tchuruk au Palais omnisports de Bercy à Paris.

Sauf coup de théâtre, les épargnants français et américains et les fonds (qui sont les premiers actionnaires des deux entreprises) devraient dire oui à cette fusion qui donne naissance au numéro deux mondial des télécommunications, derrière l’américain Cisco. Mais Serge Tchuruk et Pat Russo doivent affronter quelques opposants qui ont multiplié les attaques ces derniers jours des deux côtés de l’Atlantique. Mécontents de la disparition de plusieurs milliards d’euros de capitalisation boursière depuis l’annonce du rapprochement, ils critiquent le prix payé ainsi que la mauvaise santé industrielle et financière de Lucent.

Désaccords sur le prixAux États-Unis, des actionnaires reprochent au groupe français de ne pas payer assez cher Lucent. Certains ont demandé le report de l’assemblée générale de Lucent. Un tribunal du New Jersey se prononcera mercredi sur leur requête. Une plainte similaire a été déposée à New York.

En France, les opposants appellent à voter non pour des raisons opposées. Ils estiment qu’Alcatel paie trop cher un Lucent en piètre forme. Ils assurent que Serge Tchuruk prend un véritable risque financier. Le groupe américain doit faire face à des engagements importants pour financer les retraites de ses salariés. Il a lancé à la mi-juillet un avertissement qui a renforcé leurs craintes. « Les termes de la transaction ne sont pas justes pour les actionnaires d’Alcatel. Il y a également un risque de dégradation de la gouvernance d’entreprise du nouvel ensemble », assure Pierre-Henri Leroy, président de Proxinvest, un cabinet de conseil aux investisseurs. Violemment opposé au mariage, il souhaite que le rejet de la fusion entraîne le départ de Serge Tchuruk. Une partie de son diagnostic est partagée par l’Association des actionnaires minoritaires (Adam). « Le danger est qu’Alcatel serve à renflouer Lucent », observe Colette Neuville, présidente de l’Adam. Elle prône un rapprochement avec le suédois Ericsson.

Cette guérilla est révélatrice de l’inquiétude de certains actionnaires tant les entreprises de télécommunications ont connu le meilleur et le pire ces dernières années. Le difficile rapprochement entre Alcatel et Lucent en témoigne. Leur fusion aura demandé presque cinq ans. Le premier projet date du second semestre 2001. Mais les deux groupes frappés par l’éclatement de la bulle de l’Internet renoncent fin mai 2001. Chacun met de l’ordre chez lui. La purge est brutale. Entre 2000 et 2005, Lucent divise son chiffre d’affaires par plus de trois. Ses effectifs tombent de 126 000 à 30 500. Alcatel se recentre sur les seules télécommunications en vendant notamment sa participation dans Alstom pour éviter la catastrophe. Son chiffre d’affaires passe de 31,4 milliards à 13,14 milliards. Ses employés de 131 000 à 58 000. Serge Tchuruk réussit à donner un nouveau souffle à l’entreprise en réussissant le pari technologique du mariage de la télévision, du téléphone et de l’Internet.

Pendant le traitement de choc, les discussions se poursuivent. Entre 2002 et 2005, les dirigeants évoquent à intervalle régulier une possible fusion. Tout s’accélère début 2006. Car la donne a totalement changé. Les grands clients sont moins nombreux. Les opérateurs américains ont multiplié les fusions. De nouveaux concurrents industriels, les Chinois, deviennent menaçants. Résultat, Alcatel et Lucent ne sont pas les seuls à regrouper leurs forces. En octobre 2005, le suédois Ericsson a avalé l’anglais Marconi mal en point. En juin, l’allemand Siemens a créé une société commune avec le finlandais Nokia. La redistribution des cartes se poursuit. Alcatel a repris vendredi dernier les activités radio UMTS du canadien Nortel.


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