dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Terrorisme > International > Le Canada sera toujours à la merci des États-Unis en matière de (...)

Le Canada sera toujours à la merci des États-Unis en matière de sécurité

Ledevoir.com

mardi 5 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

Et c’est une bonne chose selon Jacques Duchesneau, responsable de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien

Le Canada est à la merci des États-Unis en matière de sécurité dans les aéroports, mais cela n’est pas nécessairement une mauvaise chose, affirme le président et chef de la direction de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), Jacques Duchesneau.« Oui [le Canada doit suivre les Américains], mais je ne vois pas ça comme un aspect négatif », affirme-t-il en entrevue à la Presse canadienne pour marquer le cinquième anniversaire des attentats de septembre 2001 aux États-Unis.

L’emprise du puissant voisin du sud s’est fait sentir le 10 août dernier, alors qu’Ottawa a instantanément imité Washington en interdisant les liquides et gels à bord des avions, à la suite de la mise au jour d’un présumé complot terroriste au Royaume-Uni.

M. Duchesneau rappelle qu’en raison de sa proximité avec les États-Unis, le Canada est une cible de choix pour les terroristes. « La meilleure plate-forme pour [attaquer les États-Unis], ça serait à partir du Canada, où le vol est beaucoup plus court [qu’à partir d’ailleurs dans le monde] », rappelle l’ancien chef de la police de Montréal.

« Notre marge de manoeuvre est mince », fait-il remarquer, en soulignant l’impact dévastateur qu’aurait un accident sur la réputation du Canada. « En quatre ans [d’existence de l’agence], il ne s’est rien passé, mais je touche du bois et à deux mains ! »

Jacques Duchesneau sent donc la pression. Il compare d’ailleurs l’ACSTA à une centrale nucléaire : le moindre détail compte. « Un petit incident qui survient à Halifax peut avoir un impact sur ce qu’il va se faire à Vancouver », note-t-il.

« J’aurais beaucoup de difficultés à accepter qu’il arrive quelque chose à cause d’une négligence de ma part ou parce que je n’aurais pas anticipé les choses en lisant le journal », explique-t-il. « Les chances qu’Oussama ben Laden vienne dans un aéroport canadien sont nulles, mais il y a d’autres menaces. »

Dans le but de réduire les risques, M. Duchesneau est même prêt à mettre de côté la « rectitude politique ». Dans une entrevue accordée récemment au quotidien Le Devoir, il plaidait pour un changement de la réglementation qui stipule que les fouilles plus approfondies doivent être faites de façon aléatoire, peu importe l’allure des passagers.

« On doit faire une certaine ségrégation, qu’on le veuille ou pas, avait-il dit. Ça viendrait faciliter les choses parce qu’on ne prendrait peut-être pas 20 secondes pour tout le monde et on prendrait peut-être plus de 20 secondes pour d’autre monde. »

Toujours en sous-traitance

L’ACSTA a été créée en 2002 dans la foulée des attentats de septembre 2001. Jusque-là, la responsabilité de la sûreté revenait aux compagnies aériennes, qui retenaient pour ce faire les services d’agences privées.

Aujourd’hui, c’est l’agence fédérale, au moyen des droits payés par les voyageurs, qui assume les coûts de la sûreté aérienne, allégeant d’autant les charges financières des transporteurs. Pour des raisons économiques, l’ACSTA continue de recourir à la sous-traitance pour ses agents de contrôle, mais elle s’occupe elle-même de leur formation.

« Ce qu’on a maintenant, c’est une vision d’ensemble, soutient Jacques Duchesneau. C’est important. Quand on regarde comment les attentats terroristes sont faits aujourd’hui, c’est très rare qu’on va faire une attaque à la fois : on fait de multiples attaques. Si on n’avait pas cette cohérence d’un bout à l’autre du pays, le système ne réagirait pas aussi vite qu’il devrait le faire en cas d’attaque. »

Autre changement depuis septembre 2001 : la formation des agents évolue beaucoup plus rapidement. « Ce qu’on enseigne aujourd’hui, on ne l’enseignait pas il y a quatre ans, et j’imagine qu’on n’enseignera pas la même chose l’an prochain », révèle M. Duchesneau.

En collaboration avec l’Université de Zurich, en Suisse, l’ACSTA a d’ailleurs créé un jeu vidéo (X-Ray Tutor) qui permet aux agents de s’entraîner à détecter les colis suspects. « On a déjà une bonne proportion de nos agents qui sont au niveau 12 et on travaille à créer des niveaux 13, 14 et 15, parce qu’ils sont capables de battre la machine », se réjouit le président.

Les relations se sont également resserrées avec les corps de police et les agences de sûreté aérienne des autres pays. « Il n’y a plus personne qui va avoir cette mentalité de clocher qu’on avait avant », constate Jacques Duchesneau.

Au cours du mois de septembre, M. Duchesneau et les autres membres de la direction de l’ACSTA feront une tournée des 89 aéroports du pays afin de rappeler aux agents de contrôle l’importance de demeurer vigilants. Après tout, ces derniers prennent près de 100 millions de « décisions » par année : ils fouillent 39 millions de voyageurs et inspectent 60 millions de bagages.

Les agents font parfois face à des situations imprévisibles, comme des déficients mentaux qui ne détiennent pas de billets et qui tentent de franchir les points de contrôle sans s’arrêter.

L’objectif, précise l’ancien candidat à la mairie de Montréal, c’est d’être rigoureux tout en respectant les passagers. « On s’aperçoit que si on traite nos passagers convenablement, ils vont devenir des alliés, dit-il. J’ai 39 millions de paires d’yeux et d’oreilles, chaque année. Je ne peux pas me les aliéner. »

Reste, à certains endroits, le problème du manque de bilinguisme du personnel. « On a un aéroport qui a été problématique et là, on est obligés de serrer la vis », reconnaît Jacques Duchesneau, en refusant de dire lequel. Il promet d’y veiller dans les prochains contrats qui seront signés avec les sous-traitants.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :