samedi 16 décembre 2017

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L’Etat mobilise pour les start-up stratégiques

Marie-Laetitia Bonavita, le Figaro

vendredi 11 mars 2005, sélectionné par Spyworld

Comment protéger le patrimoine technologique français contre les prédateurs étrangers sans violer les règles européennes de la concurrence ?

Alain Juillet, le « haut responsable » chargé de l’intelligence économique, vient d’apporter une réponse à cette question en annonçant la création de « fonds d’investissement pour le soutien des entreprises stratégiques ».

Dès le prochain été, des capitaux privés équivalent à 200 millions d’euros seront mobilisés pour garantir l’autonomie financière et la nationalité française de projets dits « stratégiques » (technologies de l’information, aéronautique, énergie, nanotechnologies, défense...). L’Etat se contentera d’apporter son « expertise technologique ». C’est, explique-t-on, une forme innovante de partenariat public-privé où il n’est question ni de subvention ni d’incitation fiscale. Bruxelles ne devrait donc rien y trouver à redire.

Dans le même temps, la caution technologique fournie par l’Etat pourra réduire, aux yeux des investisseurs, le risque à s’impliquer dans une entreprise de pointe non cotée.

Objectif : aider toutes les start-up françaises qui se développent dans des domaines représentant « un réel enjeu pour la sécurité publique et pour l’économie française et européenne ». Faute de moyens financiers, les entreprises de ce type tombent très souvent aux mains de la concurrence, notamment américaine.

Le rachat de Gemplus, l’un des leaders mondiaux des cartes à puce, par le fonds texan TPG est, dans ce domaine, devenu symbolique.

Nommé en 2002 à la tête de la société, Alex Mandl, citoyen américain, avait omis de mentionner sur son curriculum vitae qu’il était un ancien administrateur d’In-Q-Tel, un fonds d’investissement appartenant à la centrale de renseignement. Depuis, l’intérêt d’autres investisseurs américains pour les jeunes pousses françaises ne s’est pas démenti. TPG lui-même lorgne aujourd’hui Ingenico, le numéro un mondial des terminaux de paiement. Le fonds d’investissement Carlyle, déjà actionnaire du papetier Otor, cherche à en prendre le contrôle. En décembre, le groupe américain Electronic Arts a ramassé près de 20% du capital d’Ubisoft, l’une des entreprises vedettes dans le domaine du jeu vidéo. La société californienne Echostar s’est offert pour 7 millions d’euros le fabricant français de baladeurs audio-vidéosuel Archos... Ces deux dernières sociétés sont certes loin du domaine de la défense, mais elles sont réputées pour être porteuses de réelles innovations technologiques.

Depuis, les rapports, colloques, débats parlementaires se multiplient pour dénoncer le pillage du tissu industriel français par des intérêts stratégiques étrangers.

La « souveraineté technologique », l’« autonomie nationale » ou encore le « patriotisme économique » sont devenues les expressions à la mode. Menace ou fantasmes ? Toujours est-il que les pouvoirs publics sont bien décidés à mettre sur pied une politique d’intelligence économique.

Dans le dispositif présenté hier, la Caisse des dépôts jouera un rôle de fédérateur. L’institution publique dispose de capitaux importants. Le groupe de Brienne, fonds d’investissements constitué dans les années 90 à l’initiative du ministère de la Défense, la soutiendra. Les deux structures ont souscrit, pour une part très minoritaire, à cinq fonds d’investissements existants (Occam 1, Aerofund...) et spécialisés chacun dans un domaine technologique donné.

A ces capitaux viendront s’ajouter ceux d’institutionnels ou de groupes industriels, comme EADS ou Thalès. Cette force de frappe financière sera confiée à trois sociétés de gestion (ACE management, Occam et Ermetec gestion) qui ont signé un accord de partenariat afin d’éviter « toute concurrence inutile ». Quant à l’expertise technologique, elle sera le fruit d’une réflexion d’experts publics présents au sein des différents ministères (Recherche, Défense, Industrie...). Des experts privés de l’industrie seront associés. Ne bénéficieront d’un avis final favorable que les projets présentant des débouchés techniques et commerciaux réels.

Un tel dispositif a l’avantage, selon ses promoteurs, de respecter à la fois les règles des marchés financiers et celles de Bruxelles. Selon la législation des marchés financiers, en effet, les sociétés de gestion doivent rester libres de refuser un projet. L’Etat français ne pourra donc imposer à un gestionnaire de soutenir telle ou telle entreprise au motif qu’elle est stratégiquement importante. L’avis aura simplement « valeur de recommandation ». Pour sa part, la Commission européenne est très vigilante dès que semble pointer un soutien public déguisé anticoncurrentiel. D’où l’absence de fonds publics dans ce nouveau système français. Le contribuable appréciera.


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