dimanche 17 décembre 2017

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Big Brother tenu en échec

Gustavo Kuhn, Tdg.ch

lundi 11 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Depuis le 11 Septembre, la surveillance des citoyens et le pouvoir des services de renseignement ont énormément augmenté. Sans obtenir pour autant de résultats probants. « Après les attentats de New York, le monde a pris conscience de l’importance du renseignement en tant qu’élément essentiel de la prévention antiterroriste », affirme Jacques Baud, spécialiste suisse en la matière et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet.

Le renseignement est donc devenu une priorité pour de nombreux Etats : les budgets des services spécialisés ont considérablement augmenté, tout comme la quantité de personnel et les moyens techniques à disposition. La plupart des pays ont également « adapté » leur dispositif légal, instituant des lois permettant notamment d’intercepter les communications à leur guise.

« La qualité des renseignements n’a pas pour autant été améliorée, affirme Jacques Baud. L’accent a été mis sur la surveillance des citoyens et les différents services ont amélioré le partage des informations récoltées. Seulement, si la quantité de données a augmenté, les problèmes de gestion de ces informations ont suivi la même courbe. Les services se sont largement développés, mais ils n’ont pas réussi à améliorer la qualité analytique du renseignement. »

Pour l’expert, ceci explique que personne n’ait encore véritablement compris le fonctionnement des groupes terroristes. « On arrive à arrêter des terroristes, mais pas à arrêter le terrorisme », lance Jacques Baud. Par conséquent, malgré les moyens gigantesques déployés dans cette « guerre », il y a eu plus d’attentats dans le monde depuis cinq ans, qu’avant le 11 Septembre. Quant au nombre de soldats étasuniens morts en Irak et en Afghanistan au nom de campagnes militaires « antiterroristes », il a déjà dépassé le nombre de victimes de l’attaque contre le World Trade Center. Ceci, sans parler bien sûr des coûts financiers de ces guerres et des dizaines, voire des centaines, de milliers de victimes civiles afghanes et irakiennes.

Dans la foulée des attentats, nombre d’Etats ont également profité du traumatisme, qui a entraîné une certaine tolérance de la population au nom de la lutte antiterroriste, pour restreindre les droits fondamentaux. De nombreux gouvernements ont ainsi établi de nouvelles législations leur permettant de surveiller de très près les personnes et d’arrêter des « suspects » dans des conditions qui auraient été « normalement » jugées totalement contraires aux principes d’un Etat de droit.

« La question qui se pose maintenant est celle de la « réversibilité » de ses dispositifs, explique Jacques Baud. Quand la menace est présente, il y a une certaine « compréhension » envers la lutte antiterroriste, mais quand celle-ci s’éloigne, comme aux Etats Unis où rien ne s’est passé depuis cinq ans, les gens veulent regagner leur liberté. »

Cette « tolérance » envers la lutte antiterroriste est due au côté spectaculaire d’un attentat et à l’émotion disproportionnée, par rapport au nombre réel de morts qu’il provoque, remarque l’expert. Ainsi, dans la plupart des pays du monde, la route tue chaque année bien plus de personnes que les avions qui se sont écrasés dans les tours new-yorkaises il y a cinq ans. Pourtant, jamais aucun Etat n’a déployé la même énergie à combattre ce problème qu’à « faire la guerre » au terrorisme.


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