lundi 23 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > La direction d’Hewlett-Packard secouée par une affaire (...)

La direction d’Hewlett-Packard secouée par une affaire d’espionnage

Pierre-Yves Dugua, le Figaro

lundi 11 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

logo

La présidente du conseil du groupe est sous pression après la découverte d’enquêtes privées menées sur certains membres du conseil d’administration.

FERMEMENT engagé dans la voie du redressement, le géant de l’informatique Hewlett-Packard (HP) est aujourd’hui ébranlé par une curieuse affaire d’espionnage. La révélation de l’obtention, par des moyens douteux, de relevés d’appels téléphoniques de membres du conseil d’HP et de neuf journalistes, ainsi que la démission d’un administrateur prestigieux de la société, n’en sont que les premiers remous.

Pour l’heure, le scandale n’affecte pas directement Mark Hurd, le patron du groupe. En revanche, Patricia Dunn, présidente du conseil d’administration d’HP, qui passait jusqu’à ces derniers jours pour une des femmes les plus habiles de la Silicon Valley, risque de perdre son poste. Elle avoue en effet être à l’origine d’enquêtes peu orthodoxes destinées à découvrir l’auteur de fuites dans la presse d’informations relatives au limogeage de Carly Fiorina en 2005. Mme Fiorina occupait alors le poste de PDG de la firme californienne. Son style agressif et les résultats décevants de sa stratégie, lui ont valu d’être congédiée l’an dernier.

Bill Lockyer, secrétaire à la Justice de l’État de Californie, a déjà conclu que des délits ont été commis par les détectives commandités par les services d’HP. Des poursuites pénales sont donc possibles. Leur impact s’ajouterait au trouble provoqué par la révélation qu’HP a espionné avec un zèle policier ses propres administrateurs. Tom Perkins, une des personnalités les plus respectées de la Silicon Valley, a démissionné du conseil d’HP pour protester contre les méthodes de Mme Dunn. George Keyworth, administrateur que l’enquête, a fini par être identifié comme l’informateur des journalistes ; il a été prié de démissionner par ses collègues, mais il refuse d’obtempérer.

Délit de violation de vie privée

Les détectives embauchés par HP pour éplucher les relevés de conversations téléphoniques ont eu recours à une tactique courante dans leur profession, baptisée « pretexting ». Il s’agit pour un enquêteur d’usurper l’identité d’un abonné du téléphone pour demander à l’opérateur qu’il lui communique des relevés d’appels normalement confidentiels. La police n’a pas le droit d’employer cette méthode. Elle doit au contraire s’appuyer sur l’autorité d’un juge pour obtenir de telles informations. C’est la raison pour laquelle M. Lockyer estime que des délits de violation de la vie privée ont été commis. L’enquête d’HP a pris fin en mai. Mais Mme Dunn affirme n’avoir été mise au courant que le mois dernier des procédés douteux des détectives sous-contractants d’HP. Âgée de 53 ans, membre du conseil d’HP depuis 1998, elle en assume la présidence depuis 2005. Fille d’un comédien et d’une danseuse de Las Vegas, elle a gravi tous les échelons du monde des affaires en commençant à la base, comme secrétaire remplaçante. Se disant « affligée » par la découverte des méthodes employées pour exécuter ses ordres, elle a présenté vendredi ses excuses aux journalistes.

Toutefois Mme Dunn maintient que les « fuites » au sein d’un conseil d’administration sont un fléau qu’il faut combattre. Une position défendue ce week-end par Mark Hurd dans un e-mail adressé aux employés d’HP. En dépit des pressions, Mme Dunn ne compte pas démissionner, à moins que le conseil d’administration d’HP ne lui demande de partir. Une réunion téléphonique des administrateurs était prévue hier soir pour discuter de cette affaire.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :