lundi 16 octobre 2017

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Quel avenir pour Thales au sein de la défense européenne ?

Dominique Gallois, le Monde

samedi 12 mars 2005, sélectionné par Spyworld

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Dans un secteur en pleine réorganisation, le groupe français d’électronique est sans doute trop petit pour rester seul. Deux pistes émergent : une intégration au sein d’EADS ou une alliance avec l’italien Finmeccanica. Ce choix conditionne l’avenir d’une autre entreprise, Alcatel.

Le français Thales veut changer d’image : perçue comme une proie potentielle, le groupe d’électronique et de défense que préside Denis Ranque, entend désormais devenir acquéreur. Après être parvenu à contrer de justesse l’offensive du groupe franco-allemand EADS à l’automne 2004, M. Ranque est bien décidé à être l’un des acteurs de la recomposition de l’industrie européenne de défense qui se profile. Il l’a réaffirmé, vendredi 11 mars, à l’occasion de la présentation des résultats 2004, qui se sont traduits par une progression de 4,5 % du bénéfice d’exploitation, à 729 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires quasi stable de 10,288 milliards d’euros.

Le PDG de Thales, qui, dès janvier, a prédit une "année extrêmement passionnante", s’est montré toutefois prudent, affirmant qu’"à ce stade il y a plusieurs opportunités. D’autres peuvent naître et nous les considérerons avec sérénité". Toutefois, si rien n’est exclu ni privilégié, "le temps de la décision n’est pas encore venu".

Plusieurs raisons poussent, selon lui, à une recomposition de l’industrie européenne. Tout d’abord, "les grands acteurs ont digéré les acquisitions réalisées à la fin des années 1990, ce qui est le cas de Thales avec le britannique Racal en 2000". Ils sont donc prêts à repartir à l’offensive. De plus, malgré les légères augmentations des budgets de défense dans certains pays comme la France ou la Grande-Bretagne, les fonds alloués à la recherche et au développement restent très contraints. "Les duplications industrielles de recherche entre les pays ne pourront pas durer très longtemps", juge M. Ranque. Ces politiques poussent à la concentration dans tous les secteurs. Si le mouvement s’est réalisé dans l’aéronautique, il s’amorce dans le naval ou le terrestre. Enfin, le désengagement de Bae Systems du paysage européen pour les Etats-Unis est considéré comme une opportunité. "Cela va libérer des marges de manœuvre en Europe continentale", prévient-il.

Le groupe britannique a réduit en février sa part dans le suédois Saab, et a mis fin en octobre 2004 à son partenariat avec l’italien Finmeccanica, tout en renforçant sa présence outre-Atlantique. Il a ainsi annoncé, lundi 7 mars, l’acquisition de l’américain United Defense Industries (UDI), fabricant du char Bradley, pour 3,97 milliards de dollars (3 milliards d’euros). "A contrario, cette politique d’implantation américaine peut donner un rôle plus important pour Thales en Grande-Bretagne, affirme le patron du groupe français. A long terme, le gouvernement britannique souhaitera travailler avec un industriel présent dans le pays." Thales y est le deuxième acteur de la défense.

Trois critères ont été proposés aux actionnaires par Denis Ranque pour une acquisition. Elle devra impérativement avoir "un sens industriel". Il s’agira "d’améliorer l’excellence plutôt que de procéder à une diversification". Il lui faudra également renforcer la position du groupe comme premier équipementier et systémier européen. Enfin, "nous regarderons toutes les opportunités qui permettront de renforcer notre position internationale, singulièrement en Grande-Bretagne", dit-il.

L’italien Finmeccanica paraît le mieux correspondre à ces spécifications, d’autant que, à la suite de sa séparation de Bae Systems, il a pris le contrôle de leur filiale commune Alenia Marconi Systems (AMS), récupérant ainsi toutes les activités électroniques.

"C’est un acteur qui a émergé dans le paysage", reconnaît M. Ranque, affirmant cependant que son groupe "n’a pour l’instant pas de plan de fusion". Les deux firmes ont "beaucoup de points en commun" et ont déjà engagé " bon nombre de coopérations".

Des coopérations, le groupe en a également avec EADS. Interrogé sur une possible fusion, M. Ranque a simplement souligné qu’aucun constructeur aéronautique n’a conservé son électronique. Il a simplement affirmé que "plusieurs options sont ouvertes".

Le rachat de Thales est une source de divergence entre français et allemands au sein d’EADS. Arnaud Lagardère, coprésident du conseil de surveillance, a estimé, jeudi 10 mars, que "tout est encore ouvert". Il se différencie ainsi de l’autre actionnaire, Jürgen Schrempp, le patron de DaimlerChrysler. Dans un entretien le 2 mars au Financial Times Deutschland, ce dernier expliquait : "Une fusion n’a pas de sens, ni du point de vue des actionnaires ni sur le plan stratégique." Une déclaration qui avait amené le coprésident exécutif d’EADS, Philippe Camus, à déclarer le 9 mars : "Pour l’instant, l’affaire est pliée, Jürgen n’est pas convaincu de l’intérêt de l’affaire. Le débat a eu lieu, le débat est tranché, point."

Alors qu’EADS tergiverse, M. Ranque s’est refusé à commenter une éventuelle alliance avec Alcatel. Actionnaire de Thales, le groupe de Serge Tchuruk souhaite renforcer sa présence sur le marché de la défense, nettement inférieure à celle de ses concurrents nord-américains Cisco, Motorola ou Nortel. En novembre 2004, Alcatel faisait partie du projet d’EADS. Après avoir racheté Thales, le groupe franco-allemand lui aurait cédé les télécommunications militaires.

Mais dans cette nouvelle restructuration tout dépendra des actionnaires et du premier d’entre eux, l’Etat. Tout projet de recomposition sera forcément mené par les pouvoirs publics, notamment sous la houlette du nouveau ministre de l’économie, Thierry Breton, sous le regard vigilant de l’Elysée. A priori, l’heure serait à l’apaisement entre les protagonistes.

En revanche, les pouvoirs publics veulent pousser le rapprochement dans le naval avec la DCN (ex-direction de la construction navale). Les discussions "font des progrès", reconnaît Denis Ranque. Lundi 7 mars, la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, a estimé dans un entretien à Defense News qu’une fusion entre les activités navales du groupe d’électronique Thales et de DCN était de nouveau à l’ordre du jour.


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