dimanche 17 décembre 2017

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Moscou souhaite intervenir dans la gestion d’EADS

Madeleine Vatel, le Monde

mercredi 13 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

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L’un des thèmes de la venue de Vladimir Poutine le 22 septembre à Paris ne fait désormais plus de doute : le président russe devrait s’entretenir avec Jacques Chirac de la participation de la Russie dans la firme d’aéronautique et de défense européenne EADS.

Lundi 11 septembre, le groupe franco-allemand avait annoncé officiellement que la banque publique russe Vnechtorgbank (VTB) détenait désormais 5,02 % du capital. Mais la Russie voudrait maintenant négocier une place plus importante. C’est ce qu’a annoncé Sergueï Prikhodko, un conseiller proche de M. Poutine lors d’une conférence de presse à Moscou, mardi 12 septembre. "Si, un jour, nous parvenons à définir notre intérêt commun, nous insisterions sur une participation qui nous permette d’obtenir au moins une participation de blocage", a-t-il expliqué. En Bourse, mercredi matin, le titre EADS augmentait de 1,14 %, à 23,95 euros après avoir flambé de 5,43 % la veille.

En toile de fond de cette entrée chez EADS et cette volonté affichée de monter à son capital, se dessinent la réorganisation du secteur aéronautique russe et la coopération possible des russes avec d’autres constructeurs. EADS est cité comme la firme étrangère la plus apte à prendre des parts dans le consortium russe OAK en cours de création, où sont rassemblées les principales unités de constructions civiles et militaires du pays (Soukhoï, MiG, Tupolev, Iakovlev, Irkout).

Dans cette perspective le groupe franco-allemand a acquis, en 2005, 10 % d’Irkout, le constructeur russe d’avions de chasse. Il pourrait donc y avoir des participations croisées qui seraient définies de manière consensuelle.

Les actionnaires d’EADS n’ont pas réagi officiellement aux déclarations d’intentions russes de montée en puissance. Un porte parole du groupe a tenu à rappeler que les décisions stratégiques sont réservées à ses actionnaires de référence que sont, côté français, l’Etat et Lagardère réuni dans la Sogeade et côté allemand, DaimlerChrysler. "Le pacte d’actionnaires réserve aux actionnaires de référence le droit de prendre des décisions stratégiques", a-t-il affirmé.

Pour l’instant, il est difficile de dire à quel seuil de participation se réfère M. Prikhodko. Selon le droit russe, la minorité de blocage se situe à 25 % plus une action. Mais aux Pays-Bas, où est installé le siège d’EADS, la minorité de blocage n’existe pas aujourd’hui mais un projet de loi la fixe à 30 %.

Pour la Russie, il s’agit avant tout de pouvoir influencer les décisions du groupe. Et c’est justement ce que M. Poutine viendrait chercher à Paris en demandant à modifier les statuts du groupe qui réservent aux actionnaires de référence le droit de participer à la gestion du groupe. S’il souhaite voir la Russie entrer au conseil d’administration, l’appui de M. Chirac lui est indispensable. "La transaction n’a pas un caractère politique mais économique", a voulu préciser M. Prikhodko. "La question est de savoir si nos partenaires sont prêts pour cette sorte de partenariat en profondeur, s’ils nous invitent à coopérer dans ce sens."

La Vnechtorgbank (VTB) a-t-elle agi pour le compte de l’OAK, la corporation aéronautique unifiée tout juste créée à l’initiative du président russe ? "Au printemps déjà, à la direction de VTB, la décision avait été prise de se montrer plus actif en matière d’interventions sur les marchés des valeurs des émetteurs occidentaux, avait justifié une source proche de la direction de VTB au quotidien Kommersant. Par conséquent, les actions d’EADS auraient pu se retrouver dans notre porte-feuille en compagnie d’autres valeurs, par exemple Microsoft."

Reste que toute opération qui mêlerait l’OAK augmente les chances d’Airbus, filiale d’EADS, d’obtenir le contrat de 3 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros) pour l’achat de 22 nouveaux avions par la compagnie Aeroflot. La Russie est aussi stratégique pour le constructeur européen dans la mesure où il y achète du titane auprès de VSMPO-AVISMA, premier producteur mondial et dont 41 % des actions viennent de passer sous le contrôle du Kremlin.

L’autre question est celle du financement par VTB de cette montée au capital d’EADS. Les banques classiques russes ne peuvent investir en actions plus du quart de leur capital. Selon les banquiers, c’est la Vnesheconombank (VEB) - chargée entre autres du règlement de la dette extérieure - qui pourrait alors financer cet achat.

Cette banque a déjà fait parler d’elle en Russie récemment. En juillet, elle a signé un accord pour financer le nouvel avion régional russe RRJ avec le holding Sukhoi et sa filiale Avions Civils Sukhoi (ACS). Elle a par ailleurs participé à l’acquisition de Iouganskneftegas par la compagnie pétrolière publique Rosneft.

CHRONOLOGIE

OCTOBRE 1999.

Création d’EADS, issu de la fusion du français Aérospatiale-Matra, de l’allemand Dasa et de l’espagnol Casa. Le groupe est détenu à parité par les Français (Etat et Lagardère, réunis dans Sogeade, avec chacun près de 15 %) et l’allemand DaimlerChrysler (29,7 %). Un pacte d’actionnaires est signé entre Français et Allemand. L’Etat espagnol a 5,5 % du capital.

AVRIL 2006.

Lagardère et DaimlerChrysler décident de réduire leur part de 7,5 %. Les Français conserveront 22,5 % du capital, l’Etat maintenant ses 15 % et Lagardère descendant à 7,5 % à partir de 2007. La part de DaimlerChrysler est ramenée à 22,5 %.

AOÛT 2006.

La banque publique russe Vnechtorgbank acquiert 5,02 % des titres.


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