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Satellites espions : la très haute résolution se démocratise

Cyrille Vanlerberghe, le Figaro

jeudi 14 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Le nombre de pays disposant d’images spatiales à un mètre de résolution se multiplie, surtout en Asie.

LE 11 SEPTEMBRE, le Japon a lancé avec une grande discrétion un nouveau satellite d’observation de la Terre baptisé IGS 3A, pudiquement décrit comme « satellite de collecte d’information ». L’engin, qui a décollé de la base de lancement de Tanegashima dans le sud de l’Archipel, est en fait un satellite espion pour les militaires japonais, destiné avant tout à la surveillance de la Corée du Nord, mais capable d’observer l’ensemble de la planète et de discerner des objets d’un mètre de côté.

Le premier engin de la série IGS avait été lancé en 2003 en même temps qu’un deuxième satellite réalisant des images radar à trois mètres de résolution. Ce programme estimé à plus de 1,6 milliard d’euros « a été lancé après le tir en 1998 par la Corée du Nord d’un missile Taepodong 1 au-dessus de l’archipel nippon », explique Norbert Paluch, actuellement directeur de 1-Space Prospace, et ancien représentant du CNES (1) au Japon.

Avec ce nouveau lancement, le Japon renforce sa position dans le club assez restreint des nations disposant de satellites à très haute résolution, discernant des détails au sol de l’ordre du mètre. Autre nouveau venu, la Corée du Sud, dont le satellite Kompsat 2 à un mètre de résolution a été lancé par une fusée russe le 28 juillet dernier. Kompsat 2 est un satellite dual, destiné à des usages aussi bien militaires que civils.

82 cm de résolution

Comme pour le Japon, la Corée du Sud dispose avec ce satellite d’une capacité d’observation mondiale, mais son intérêt premier n’est que régional : la Corée du Nord. Le constat est identique pour Taïwan, focalisé sur la Chine, pour l’Inde qui garde un oeil sur le Pakistan et sa frontière disputée au Cachemire, ou encore pour Israël, dont le satellite Ofeq 5 a une orbite très particulière qui lui permet de surveiller régulièrement et à très haute résolution le Moyen-Orient.

Pendant longtemps, ce type de satellites espions a été réservé aux trois grandes puissances spatiales, les États-Unis, la Russie et la Chine. Les militaires français ont rejoint les trois grands en 1995, grâce au lancement du satellite Hélios 1A. Ses performances n’ont pas été rendues publiques mais les experts s’accordent pour dire qu’Hélios 1 est capable de voir des détails d’environ un mètre. En 1999, deuxième bouleversement : une entreprise commerciale américaine, Space Imaging, lance le premier « satellite espion civil », Ikonos. Cet engin est capable de prendre des images avec une résolution maximale de 82 cm en noir et blanc. À titre de comparaison, à la même époque Spot 4 réalise des images à 10 mètres de résolution.

Entre les deux capacités, la différence de renseignement disponible sur une image est énorme. Sur une image à 10 mètres de résolution, une photo-interprète peut arriver par exemple à détecter un avion, mais ne pourra pas identifier de quel modèle il s’agit. C’est en revanche possible à un mètre de résolution.

Malgré l’offre commerciale à très haute résolution offerte par les sociétés américaines GeoEye (fusion de Space Imaging et d’Orbimage en janvier 2006), et DigitalGlobe, les pays intéressés par ces produits se sont vite rendu compte des limitations du système. En effet, l’État américain a un droit de préemption sur les images, ce qui lui permet de réserver à l’avance toutes les images sur une zone, Afghanistan ou Irak, par exemple. La disponibilité des informations, ainsi que leur qualité, n’est dont pas assurée.

Pour Ikonos, comme pour les satellites indiens, japonais et coréens, l’obtention de la très haute résolution « a été rendue possible par un saut de génération dans les satellites d’observation à la fin des années 1990, qui a permis d’avoir des engins plus compacts, plus légers, moins coûteux et capables d’être lancés par des fusées plus petites », analyse Philippe Goudy, directeur des projets orbitaux au CNES.

(1) Centre national d’études spatiales.

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(Photo DR)


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