mercredi 13 décembre 2017

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Des procédures judiciaires en cours confirment la réalité du danger terroriste au Royaume-Uni

Jean-Pierre Langellier, le Monde

jeudi 21 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

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La justice antiterroriste ne chôme pas en Grande-Bretagne. Trois importantes procédures judiciaires sont en cours, parmi d’autres, et un procès, très révélateur, se déroule à Londres depuis six mois. Ces diverses péripéties confirment la gravité du danger terroriste au sein de la communauté musulmane britannique.

Il y a d’abord la dernière en date des alertes de ce genre, celle du complot présumé, déjoué le 10 août, et qui visait à faire exploser en vol des avions à destination des Etats-Unis. Cette affaire ne fait qu’aborder sa phase judiciaire. Lundi 18 septembre, treize des dix-sept inculpés ont comparu, par liaison vidéo, lors d’une brève audience préliminaire, à Londres.

Il y a ensuite deux autres affaires récentes. La première met en cause cinq étudiants musulmans arrêtés en mars. Ils ont été inculpés pour "possession d’informations de nature à être utiles à une personne commettant ou préparant un acte terroriste". La seconde est plus sérieuse. Elle concerne un réseau soupçonné de recruter pour les milieux terroristes.

Le 1er septembre, la police a arrêté douze personnes lors de six raids lancés notamment dans un restaurant chinois londonien et dans une école privée islamique installée dans un ancien couvent, dans le sud de l’Angleterre. Douze suspects ont été inculpés de participation à un entraînement terroriste. Le terrain entourant l’école en question avait abrité des camps de formation.

Selon des témoignages recueillis à Guantanamo, et cités par The Observer, plusieurs groupes d’une trentaine de personnes y auraient appris à tirer des roquettes et à manier le fusil-mitrailleur, avec la bénédiction d’Abou Hamza, l’ancien prêcheur radical de la mosquée de Finsbury Park condamné en février à sept ans de prison pour incitation au meurtre.

Il y a enfin le procès, qui se poursuit depuis mars, de sept Britanniques, en majorité d’origine pakistanaise, accusés d’avoir préparé des attentats en Grande-Bretagne, notamment contre une boîte de nuit londonienne et contre un centre commercial dans le Kent. Ils avaient été arrêtés au printemps 2004 en possession de 600 kg d’engrais à base de nitrate d’ammonium, un produit qui peut servir à fabriquer des bombes. Le témoignage, la semaine dernière, de l’un des accusés permet de mieux comprendre la conversion d’un jeune musulman britannique au terrorisme.

ITINÉRAIRE D’UNE CONVERSION

Omar Khyam, 24 ans, a raconté son itinéraire idéologique à la barre du tribunal d’Old Bailey, la cour d’assises de Londres. Petit-fils d’un ancien soldat de l’armée britannique arrivé en Grande-Bretagne dans les années 1970, il a une enfance ordinaire, entre l’école, le terrain de cricket et la mosquée où, chaque soir, il apprend le Coran en arabe. Après des études décevantes, il est endoctriné par un groupe radical qui diffuse des vidéos sur les guerres en Bosnie et en Tchétchénie.

A 17 ans, il accomplit un premier voyage au Pakistan, puis un second au cours duquel il reçoit un entraînement militaire de trois mois avec les indépendantistes du Cachemire dans un camp contrôlé par l’ISI, le service de renseignement pakistanais. Rentré en Angleterre, sa famille l’accueille en héros. En 2001, il se rend en Afghanistan, noue le contact avec les talibans et, au retour, collecte des fonds pour leur cause.

Le 11-Septembre le rend "heureux". "J’étais content. L’Amérique était et reste le plus grand ennemi de l’islam", mais, ajoute-t-il, "3 000 personnes sont mortes, donc les sentiments étaient partagés". Après la chute des talibans, il conclut que les attentats ont été "tactiquement peu judicieux" : "Nous ferions mieux de travailler dans nos propres pays à essayer d’établir un Etat islamique." Omar Khyam a aussi reconnu avoir évoqué en 2003 la possibilité de placer une bombe au Parlement de Westminster.

Lundi, il est devenu soudain silencieux. Il a refusé de continuer à s’expliquer en disant craindre pour la sécurité de sa famille au Pakistan : "Les services secrets ont parlé à ma famille de ce que j’avais dit sur eux. Je pense qu’ils sont inquiets que je puisse en dire plus à leur sujet. Je préfère donc donner la priorité à ma famille." Le procès continue.


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