lundi 16 octobre 2017

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Les télécoms militaires à l’heure de l’infogérance

Philippe Pélaprat, 01 Réseaux

vendredi 22 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

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La Dirisi dispose depuis cet été d’un second satellite Syracuse III, qui donne une nouvelle dimension au réseau mondial dont elle a la responsabilité.

En 2004, les armées françaises ont engagé une profonde mutation dans l’exploitation de leurs réseaux de télécommunications. Auparavant, chaque arme (terre, air, mer et gendarmerie) disposait de ses propres systèmes, une démarche qui rendait complexes les communications interarmées, devenues la règle dans une conception de la défense de plus en plus centrée sur les réseaux. Il a donc été décidé de centraliser certains moyens de transmission sous la houlette d’une nouvelle entité, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information, la Dirisi.

« Cette direction agit comme l’opérateur de télécommunications de la défense, résume le capitaine de frégate Jean-Claude Veillon. Elle a la responsabilité des réseaux de transit et de desserte du ministère de la Défense, des réseaux dits d’élongation (pour les opérations extérieures, les « opex »), ainsi que des systèmes d’information. Elle intègre des personnels des quatre armes, des spécialistes civils et des équipes déléguées par des industriels comme Thales ou Alcatel, qui interviennent en sous-traitance. »

Opérateur technique, centrale d’achat d’équipements et de capacités de transmission, organisme de normalisation et de gestion de fréquences, en charge de la sécurité matérielle et logicielle des systèmes, la Dirisi se présente volontiers, à l’image du secteur civil, comme une structure d’infogérance informatique et télécoms agissant pour le compte des forces françaises, de certains services de l’Etat et même de clients étrangers comme l’Otan ou les armées allemandes et belges.

La centralisation des demandes et la planification des besoins s’effectuent au Kremlin-Bicêtre et à Maisons-Laffitte, puis ces requêtes sont répercutées vers les centres opérationnels. Parmi ceux-ci, le Centre spécialisé des télécommunications et de l’informatique (CSTEI) de Favières a la mission, parmi plusieurs autres, de gérer les liaisons se rap­portant aux opex. A ce titre, le CSTEI est responsable de la principale tête de réseau du système satellitaire Syracuse (SYstème de RAdioCommunication Utilisant un SatellitE), dont la première charge utile a été lancée en 1984. Elle était, à l’époque, embarquée à bord du satellite Télécom 1A, copropriété de France Télécom et de la Direction générale pour l’armement (DGA).

Cette formule mixte, alliant missions civiles et militaires, a été reconduite sur les deux engins suivants, puis sur les quatre Télécom 2 qui ont été lancés à partir de 1992.

Une structure dédiée à l’ensemble des armées

Pour la génération suivante, le ministère de la Défense a estimé que les besoins des armées justifiaient de disposer d’une plate-forme entièrement dédiée aux militaires et beaucoup plus sécurisée.

« Les spécifications du système ont été définies sur la base de scénarios précis, rappelle Caroline Laurent, directrice du programme Syracuse à la DGA. Notre cahier des charges prend en compte le soutien à deux interventions simultanées sur deux théâtres distincts, en plus de la posture permanente, soit une opération déployant trente mille hommes (avec un trafic de 400 Mbit/s sur zone et 30 Mbit/s avec la métropole) et une seconde mobilisant cinq mille hommes (70 Mbit/s sur zone et 20 Mbit/s avec la métropole), débits auxquels il faut ajouter les transmissions habituelles vers les DOM-TOM, les bases permanentes à l’étranger et les navires de la marine nationale (soit 2 Mbit/s). »

Des moyens de communications toujours plus pointus

Le passage à une plate-forme dédiée plus puissante et mieux protégée contre les brouillages a permis aussi d’accroître les moyens au sol pour répondre aux besoins nouveaux générés par des opérations de plus en plus exigeantes en moyens de communications.

Le nombre de stations, initialement à vocation maritime et stratégique, a pris de l’ampleur, et passera de cent trente terminaux de seconde génération à six cents équipements déployés jusqu’au niveau tactique (les unités sur le terrain) à l’horizon 2010. Pour autant, le dispositif français ne couvre qu’un peu plus des deux tiers de la planète, ce qui oblige la Dirisi à louer des capacités complémentaires.

Mais pour l’opérateur des militaires, le changement ne s’arrête pas là. Le lancement cet été de Syracuse IIIB lui permet de répondre confortablement à ses besoins propres, mais aussi à ceux de ses clients étrangers, Syracuse IIIA étant déjà occupé à plus de 90 %, avec notamment trois répéteurs concédés à l’Otan. La France contribue en effet au programme Nato Satcom V via un consortium associant les Britanniques (Skynet) et les Italiens (Sicral), mais cette collaboration est encore loin de correspondre à ce qu’on pourrait attendre d’un vrai programme militaire européen. La question se posera d’ailleurs pour le futur Syracuse IIIC : programme multinational et/ou partenariat public privé, comme Skynet V.

Ces hypothèses ne sont pas à exclure, sachant que la Défense n’hésite plus à sous-traiter de multiples tâches au privé. Ainsi, à Favières, c’est une équipe d’Alcatel Alenia Space qui gère la station de télécommande et télémesure en charge du maintien à poste et de la configuration des charges utiles des deux satellites Syracuse III. Une pratique qui tend à devenir la règle au nom des contraintes budgétaires.

Des techniques civiles au service des contraintes militaires

Les satellites Syracuse III disposent de neuf canaux SHF (8-7 GHz) et six canaux EHF (44-20 GHz), une plage de fréquences élevée mais peu encombrée. La capacité de ces plates-formes est démultipliée par une connectivité entre couvertures, gérée par un processeur numérique transparent embarqué qui découpe chaque canal en sous-canaux de largeur variable, correspondant aux besoins strictement nécessaires. L’antenne SHF est protégée contre les brouillages et se reconfigure électroniquement pour annuler les perturbations et privilégier les stations utilisatrices.

Les cinq cent quarante terminaux terrestres (antennes de 0,8 à 4,5 m) et les cinquante stations navales s’intègrent dans ce qu’Alcatel définit comme « une solution haut débit de type ADSL directement issue des technologies d’accès à internet développées pour les télécommunications civiles » . Car il est bien fini le temps des technologies strictement militaires ! Les baies d’électronique Syracuse III intègrent maintenant beaucoup plus de produits civils issus majoritairement des catalogues d’équipementiers américains, mais conditionnés pour répondre aux exigences de la sécurité la plus sévère.

Estimé à 2,3 milliards d’euros, le programme Syracuse III mobilise cinquante personnes de la DGA et mille personnes chez Alcatel, Thales et leurs sous-traitants.


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