samedi 16 décembre 2017

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Les premiers pas de l’Agence européenne de défense

Laurent Zecchini, le Monde

mercredi 16 mars 2005, sélectionné par Spyworld

Le britannique Nick Witney, directeur de l’Agence européenne de défense (AED), est un optimiste. De passage à Paris, mardi 15 mars, il s’est livré à un premier bilan favorable des premiers pas d’une institution qui cherche encore à affirmer son statut auprès des capitales européennes, et dont il a reçu la charge en janvier 2004.

L’Agence répond au constat selon lequel l’Europe de la défense ne s’imposera pas durablement sans une assise industrielle solide. Le chantier est aléatoire, puisqu’il s’agit de dépasser les réticences et protectionnismes nationaux au profit de la constitution de "champions" industriels européens, ce qui passe par une stratégie de concentration et d’alliances douloureuse.

L’optimisme de M. Witney peut être relativisé par les moyens peu ambitieux que les gouvernements ont accordés à l’Agence. Dotée d’un budget de 20 millions d’euros, elle emploie 25 personnes aujourd’hui et table sur 77 salariés à l’été. Nick Witney peut surtout compter sur sa force de persuasion : "Nous devons présenter des arguments suffisamment forts pour convaincre de la nécessité d’un marché à l’échelle du continent pour l’industrie de la défense. C’est une nécessité économique pour rester compétitifs", explique-t-il.

D’ores et déjà, le patron de l’AED se félicite que les 24 ministres de la défense (le Danemark a une clause d’exemption communautaire pour la défense) aient approuvé le principe d’un "code de conduite", sur une base volontaire, en ce qui concerne le marché des équipements de défense. Cette approche intergouvernementale lui paraît plus acceptable pour les Etats membres qu’une directive européenne.

MARCHÉ TROP FRAGMENTÉ

Il ne craint pas que des pays, comme la France et la Grande-Bretagne, ayant une forte industrie de défense traînent les pieds, préférant défendre leurs "couleurs" industrielles nationales. Il ne s’inquiète plus des réactions de ceux "qui ont une industrie moins forte ou moins efficace, parce qu’ils s’inquiètent des conséquences d’une âpre concurrence". Il y a un mélange d’espoir et de peur, explique-t-il. "Les gens se disent que l’Europe de la défense commence à faire de bonnes choses, comme en Bosnie, mais ils réalisent que pour aller plus loin, il faut se doter d’outils supplémentaires."

Comment ? M. Witney n’est pas obnubilé par l’écart financier entre le budget de la défense des Européens et celui des Etats-Unis. Ce qu’il faut, insiste-t-il, c’est mieux utililiser les 160 milliards d’euros que les Européens consacrent, collectivement, à leur défense. Et procéder à des ajustements industriels dans un marché européen trop fragmenté : tant que les Européens se battront pour la survie de leurs 23 chantiers navals, ils ne pourront rivaliser avec les 4 chantiers navals américains. D’autant que les Américains "sont très protectionnistes", constate-t-il.

L’Agence a une "feuille de route" déjà chargée : outre le marché des équipements, elle va s’efforcer de proposer des synergies et une approche collective pour les drones, les véhicules de combat blindés, et tout ce qui concerne l’interopérabilité des moyens de communication et de commandement. Reste à convaincre les gouvernements européens de la nécessité de ces restructurations industrielles.


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