mercredi 13 décembre 2017

Accueil du site > Technologie > Un Haut Conseil de la science auprès de Jacques Chirac

Un Haut Conseil de la science auprès de Jacques Chirac

Caroline de Malet, le Figaro

mardi 26 septembre 2006, sélectionné par Spynews

logo

« DEPUIS plusieurs années, l’État n’a pas été amené à donner une idée très précise de sa politique de recherche », déclarait voici quelques mois dans nos colonnes François Goulard, le ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Avec la création du Haut Conseil de la recherche et de la technologie, installé hier par Jacques Chirac, la France entend remédier à cet état de fait. « La réflexion sur les grands choix scientifiques de la nation doit retrouver sa juste place, au coeur de la décision politique », a déclaré hier le président de la République devant l’aréopage de scientifiques conviés à l’Élysée pour l’occasion.

Prévu par la loi de programmation de la Recherche votée le 18 avril dernier, créé par un décret du 15 juin, le Haut Conseil vient de voir ses vingt membres nommés. C’est, pour François Goulard, « la clé de voûte du système mis en place par la loi ». Sa mission sera d’« éclairer le chef de l’État et le gouvernement sur toutes les questions relatives aux grandes orientations de la nation en matière de politique de recherche, de transfert de technologie et d’innovation ». Rattachée directement au président de la République, elle pourra répondre aux demandes de ce dernier ou du gouvernement, mais également s’autosaisir de questions qu’elle jugera importantes. Cela aurait pu être le cas par exemple sur la question de l’opportunité de l’implantation du réacteur de fusion Iter dans l’Hexagone.

D’ailleurs, le chef de l’État a déjà confié à ce comité des Sages trois thèmes de travail : l’énergie et l’environnement ; la crise des vocations scientifiques, notamment des jeunes femmes ; enfin, les grands équipements à prévoir dans les années qui viennent, pour relever les défis scientifiques du pays.

Le modèle du Japon

Cette instance rappelle l’épo-que gaullienne où des comités des Sages donnaient leur avis dont s’inspirait - ou non - la Direction générale de la recherche scientifique et technique (DGRST), créée par le général de Gaulle en 1959, qui a impulsé les choix scientifiques de la France, en forgeant notamment sa puissance nucléaire et spatiale. Entre temps, la DGRST est devenue la Direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI), créée en février dernier. Serge Feneuille, membre du comité des seize Sages de 1976 à 1981, a été nommé président du Haut Conseil. Ce dernier, docteur d’État ès sciences physiques, cumule la double casquette d’ancien directeur général du CNRS et du groupe Lafarge. C’est, avec le directeur de la recherche et de la technologie de Thalès, l’un des rares représentants de l’industrie de cette instance.

Un peu sur le modèle du Japon, où existe une instance comparable, le Haut Conseil se réunira tous les mois et ses membres travailleront sous forme de petits groupes de travail thématiques, via des auditions. Ses avis, remis au président de la République, ne seront pas publics, hormis dans son rapport annuel. Car « nous ne voulons pas de polémique », justifie Serge Feneuille. La plupart de ses membres sont d’éminents scientifiques qui font autorité, du prix Nobel de chimie Jean-Marie Lehn à l’ancien directeur de l’Institut Pasteur Philippe Kourilsky, en passant par le paléontologue Yves Coppens ou le climatologue Jean Jouzel. Certains regrettent toutefois la moyenne d’âge relativement élevée (63 ans) de ces pontes. Seront-ils à même d’identifier les niches porteuses d’avenir ? D’autres font remarquer que certaines disciplines ne sont pas représentées, comme le spatial, l’agriculture et la biodiversité. Ce à quoi Serge Feneuille rétorque : « Chaque membre a été nommé pour sa personnalité et doit oublier ce qu’il représente. » D’ailleurs, Jean-Yves Le Gall, directeur général d’Arianespace, ne s’en offusque guère, car « le spatial est un moyen au service d’autres disciplines, dont l’environnement ».

La véritable question est de savoir quel poids aura cette nouvelle instance dans les véritables choix de la Nation. « On ne peut pas dire que les rapports de la Cour des comptes ne sont jamais suivis d’effet », répond François Goulard. Pourtant, en son temps, l’avis négatif d’un comité des Sages sur la construction de Superphénix n’avait guère été entendu...


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :