dimanche 17 décembre 2017

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L’Etat mobilise des fonds privés pour protéger les technologies « sensibles »

Jacques Marouani, 01net

vendredi 18 mars 2005, sélectionné par Spyworld

Cinq fonds de capital-risque totalisant plus de 200 M€ sont mis à contribution pour barrer la route à une entreprise étrangère qui s’intéresserait de trop près à une technologie « sensible » française.

Les start-up françaises possédant des technologies dites sensibles devraient désormais être à l’abri d’une mainmise de groupes ou de puissances étrangères sur leur savoir-faire.

Un dispositif d’investissement destiné à protéger les petites structures innovantes, doté d’une enveloppe de 200 M€ à 250 M€, vient en effet d’être créé par les pouvoirs publics, à l’initiative d’Alain Juillet, nommé en janvier 2004 haut responsable à l’intelligence économique. Toutefois, le financement de l’opération sera entièrement mis en oeuvre par des fonds privés.

Possibilité d’intervenir en urgence

Sont concernées les entreprises dont les technologies présentent « un réel enjeu pour la sécurité publique et pour l’économie française et européenne », a précisé Alain Juillet lors de la présentation du dispositif. Ce dernier, qui se veut complémentaire de différentes initiatives destinées à dynamiser l’innovation en France (pôles de compétitivité, agence de l’innovation industrielle, regroupement Anvar -BDPME), comprend un comité de sélection et de suivi étatique, chargé d’évaluer l’intérêt stratégique des entreprises.

Ce comité, présidé par Alain Juillet, comprend des représentants des ministères de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, de la Recherche et de la Défense. Il est épaulé par trois sociétés de gestion privées qui piloteront les interventions de cinq fonds sectoriels déjà constitués, dont Emertec 2, fonds qui vient de lever 20 M€ afin d’investir dans les start-up du secteur des micro- et nanotechnologies liées à l’industrie du semiconducteur [voir notre numéro du 27 janvier, NDLR].

En outre, participeront à ce dispositif le fonds « Sécurité », doté de 100 M€, lancé il y a quelques semaines par Thales Corporate Venture, filiale de capital-risque de Thales, dans le domaine de la sécurité globale, « Occam 1 », spécialisé dans la sécurité liée aux technologies de l’information, « Aerofund », intéressé par la sous-traitance aéronautique, et, enfin, « La Financière de Brienne », société de capital-risque impliquée dans le secteur de la défense.

D’autres fonds pourront enrichir le dispositif à condition d’admettre, comme les cinq premiers, une participation minoritaire de la Caisse des dépôts et du groupe Brienne. A travers ces deux institutions, l’Etat se réserve ainsi un droit de regard. 20 à 50 dossiers par an pourraient être pris en charge. Les sociétés sélectionnées pourraient alors bénéficier d’un apport de cent mille euros à un million d’euros afin de pouvoir se développer à l’abri de tout prédateur étranger.

Une quizaine de secteurs auraient été retenus

L’enveloppe de 200 à 250 M€ provient donc de l’existant et ne constitue pas une enveloppe budgétaire supplémentaire. L’originalité du dispositif réside davantage dans la structure et l’organisation mises en place que dans les moyens qui lui sont affectés. Les décisions d’investissement reviendront aux sociétés de gestion, celles-ci pouvant intervenir en urgence si la situation l’exige.

Par ailleurs, les fonds participant à cette initiative seront liés entre eux par des accords de coopération. Selon des proches du dossier, une quinzaine de secteurs stratégiques auraient été retenus parmi lesquels figurent la défense, l’aéronautique, la cryptographie, les nanotechnologies et les systèmes d’information permettant de transférer des données sensibles.

C’est « l’affaire Gemplus » qui a particulièrement sensibilisé les pouvoirs publics au problème de la protection des sociétés stratégiques. Le fonds TPG était entré au capital du leader mondial de la carte à puce, à hauteur de 26 %, en 2000, avant d’en prendre le contrôle deux ans plus tard et de nommer à sa tête un PDG américain, Alex Mandl. Ce dernier étant, de surcroît, ex-administrateur d’In-Q-Tel, société de capital-risque de la CIA, et membre du BENS, organisme qui conseille la CIA et le Pentagone sur les technologies, cette nomination avait suscité des craintes de voir les technologies de Gemplus s’évader aux Etats-Unis.


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