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CIA : 20 ans de transferts de terroristes

Nouvelobs.com

vendredi 18 mars 2005, sélectionné par Spyworld

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Le chef de la CIA a affirmé jeudi au Sénat que les "transferts" de terroristes présumés à l’étranger existaient "depuis plus de 20 ans".

Le directeur de la CIA Porter Goss a affirmé jeudi 17 mars que les "transferts" de prisonniers soupçonnés d’activités terroristes vers d’autres pays existaient "depuis plus de vingt ans", au moment où la CIA est accusée de "délocaliser" la torture. "Concernant les transferts, c’est-à-dire aider d’autres pays à se charger de terroristes, vous remarquerez que c’est un processus qui existe depuis plus de 20 ans", a-t-il déclaré devant la commission sénatoriale sur les forces armées qui l’a interrogé notamment sue ce sujet. Plusieurs enquêtes sont parues récemment dans la presse révélant la pratique de "restitution extraordinaire" pratiquée par la CIA, qui consiste à transférer des prisonniers suspectés d’activités terroristes dans des pays pratiquant la torture afin de les faire parler. "Je n’ai pas connaissance d’exemples où la communauté du renseignement est hors-la-loi sur ce sujet", a assuré Peter Goss.

"La torture n’est pas productive"

"Toutes les allégations, les allégations sérieuses et pas certaines spéculations de la presse, ont été rapportées aux autorités compétentes pour enquête", a-t-il ajouté. "La torture n’est pas productive. Ce n’est pas une façon professionnelle d’interroger. Nous ne pratiquons pas la torture", a-t-il encore affirmé. Le président George W. Bush avait déclaré mercredi qu’il ne soutenait pas la torture, affirmant avoir reçu l’assurance des pays vers lesquels les Américains envoient des prisonniers qu’ils ne seraient pas victimes de torture. L’influent sénateur démocrate Ted Kennedy s’est déclaré jeudi sceptique sur les assurances de l’administration Bush. "Beaucoup d’entre nous sont profondément inquiets de l’attitude cavalière de l’administration à l’égard du droit international et de l’interdiction de la torture", a-t-il dénoncé dans un communiqué.

Scoop

Selon une émission de la chaîne américaine CBS diffusée dimanche soir 6 mars, la CIA, les service de renseignements américains, disposeraient d’un avion secret destiné a convoyer les terroristes présumés vers des pays où la pratique de la torture est répandue. L’émission "60 Minutes" a diffusé une bande vidéo montrant un Boeing 737 sur une piste d’atterrissage de l’aéroport de Glasgow. Les auteurs de l’émission affirment qu’ils ont pu suivre la trace de cet appareil à travers des noms fictifs de compagnies. Selon eux l’appareil avait effectué au moins 600 vols vers une quarantaine de pays, tous après le 11 septembre 2001, dont 30 voyages en Jordanie, 19 en Afghanistan, 17 au Maroc et 16 en Irak. L’appareil s’est également rendu en Egypte, en Libye, ainsi que dans la baie de Guantanamo (Cuba), précise l’émission. L’appareil est l’un de deux que la CIA utilise dans le cadre de son programme "restitution" (qui consiste à envoyer des suspects à des gouvernements étrangers pour qu’ils les interrogent.)

Isolement total

La CIA n’a pas reconnu officiellement l’existence de cette pratique. Le citoyen allemand Khalid El-Masri a confié à CBS qu’il se trouvait en vacances en Macédoine lorsqu’il a été arrêté et détenu par la police pendant trois semaines, emmené à l’aéroport, battu par des hommes masqués, drogué puis placé sur le 737. L’avion a quitté Skopje (Macédoine), et s’est rendu à Bagdad puis à Kaboul. El-Masri a affirmé qu’il s’était réveillé dans la cellule d’une prison où ses ravisseurs lui ont dit : "Tu es dans un pays sans lois et personne ne sait que tu es ici". "Il était clair pour moi qu’ils voulaient me dire que je pouvais passer 20 ans dans cette prison et être enterré n’importe où" a ajouté El-Masri. Il a ajouté que parmi ses compagnons de cellule il y avait des Saoudiens, des Tanzaniens, un Yéménite et un Pakistanais qui avait vécu aux Etats-Unis. El-Masri a précisé qu’il a été maintenu dans un isolement total pendant cinq mois puis relâché sans aucune explication.

CIA sans gêne

Toujours selon cette émission le Boieng s’est également rendu en Ouzbékistan. Un ancien ambassadeur britannique dans ce pays, Craig Murray, a affirmé que les personnes chargées des interrogatoires dans ce pays utilisaient des méthodes inhabituellement cruelles y compris "la noyade par suffocation, le viol... et l’insertion des membres dans un liquide bouillant". L’ancien ambassadeur a précisé au cours de l’émission qu’il avait fait état du fait que les informations obtenues l’avaient été sous la torture, que la CIA le savait et que cela ne semblait pas du tout gêner la Centrale américaine du renseignement. Selon CBS, ce diplomate a été rappelé à Londres il y a quatre mois et n’a plus travaillé depuis au service de l’Etat.

Amendement

La Chambre des représentants s’est massivement prononcée mercredi 16 mars contre la torture, en adoptant un amendement interdisant au Pentagone de financer des violations de la Convention des Nations unies contre la torture. Cet amendement au collectif budgétaire servant à financer les opérations militaires en Irak et en Afghanistan a été adopté par 420 voix contre deux et trois abstentions, à l’initiative du démocrate Ed Markey, qui avait déposé la semaine dernière un projet de loi interdisant la "délocalisation de la torture". Ed Markey, qui a jugé mercredi insuffisante la déclaration de George W. Bush, avait alors dénoncé la "pratique secrète dite de ’restitution extraordinaire’, utilisée par la CIA et d’autres agences gouvernementales et consistant à transférer des détenus dans des pays comme la Syrie, l’Ouzbékistan, l’Egypte, ou l’Arabie saoudite, connus pour pratiquer la torture lors des interrogatoires de prisonniers".


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