dimanche 22 octobre 2017

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Le rôle des espions dans la campagne américaine

Alain Campiotti, LeTemps.ch

jeudi 28 septembre 2006, sélectionné par Spyworld

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La publication d’un rapport secret du renseignement sur le pôle d’attraction qu’est devenu l’Irak pour les djihadistes est aussi un instrument de lutte intérieure.

Le chiffre est secret. Mais seize agences de renseignement, aux Etats-Unis, ça fait beaucoup de monde. Cet automne, ces hommes et ces femmes de l’ombre sont embarqués dans la campagne électorale. Le rapport collectif secret sur le « terrorisme global », dont George Bush a fait publier mardi soir les conclusions pour mettre fin à des fuites hostiles, est une description sans grande surprise des conflits dans lesquels les Etats-Unis sont engagés. Mais c’est aussi une arme intérieure, à un mois et demi des élections du Midterm, parce qu’il contient ce constat : l’Irak est devenu la « cause célèbre » du mouvement djihadiste mondial, le champ de bataille où il forme ses cadres et ses combattants. La CIA, il y a trois ans, dans son précédent rapport, écrivait que l’invasion de l’Irak contenait ce risque. Aujourd’hui, elle dit que le mal est fait.

Symbole de l’échec

Cette affirmation, venant du cœur même du pouvoir, est pour les démocrates du pain bénit. Ils espèrent gagner la majorité dans une chambre du Congrès, ou dans les deux, et l’enlisement irakien est leur argument central, le symbole de l’échec de l’administration républicaine. La Maison-Blanche, elle, depuis des semaines, a déclenché une campagne de propagande intense pour tenter de noyer l’Irak dans le plus large et long conflit contre l’extrémisme violent, qui a déclaré la guerre à l’Amérique il y a plus de dix ans.

Arrangé et caviardé (pour protéger des sources) par les services de John Negroponte, le tzar des espions américains, le rapport tel qu’il est publié constate qu’en cinq ans la structure d’Al-Qaida a été très endommagée : cadres tués, arrêtés. L’effet de cet affaiblissement est une dispersion du mouvement djihadiste en petites cellules indépendantes, plus difficiles à repérer et à éliminer. Mais l’invasion de l’Irak en mars 2003 lui a apporté le cadeau (les rédacteurs de Negroponte ne le disent pas ainsi) d’un nouveau pôle d’attraction.

Désormais, disent les hommes du renseignement, les facteurs de croissance de la nébuleuse violente l’emportent sur ses vulnérabilité. Au moins pour la durée sur laquelle porte leur étude : jusqu’en 2011. Du côté des facteurs de croissance, ils inscrivent d’abord la corruption et les injustices dans les Etats de la région, et la crainte d’une domination occidentale. Le djihad irakien est à leurs yeux le second ferment. Viennent ensuite l’absence de réformes et les sentiments anti-américains exploités par les islamistes partisans de la lutte armée.

Les vulnérabilités du mouvement djihadiste, pour les auteurs du rapport, viennent de l’attraction limitée de leur discours radical dans l’opinion arabo-musulmane, et aussi de l’apparition de quelques voix modérées qui dénoncent les violences dont sont victimes des musulmans eux-mêmes. L’arme la plus puissante contre le terrorisme, ajoutent-ils, c’est la majorité silencieuse musulmane, dont le rapport dit pourtant qu’elle est largement dressée contre les Etats-Unis, leur présence armée et leur influence.

Le contenu partiel du rapport - et non son texte - avait d’abord filtré dimanche, par des fuites dans plusieurs journaux. Des appels à la déclassification du document sont venus de plusieurs côtés, et pas seulement des démocrates. George Bush s’est exécuté presque aussitôt, espérant désamorcer cette bombe en montrant que le rapport était plus nuancé et complexe qu’on le disait. Mais comme les conclusions publiées ne remplissent que trois pages, l’opposition est repartie à l’assaut, en exigeant la publication de l’intégralité du texte, ce que la Maison-Blanche a refusé mercredi. Nancy Pelosi, la cheffe de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, a demandé en vain que les élus tiennent une session fermée pour discuter au fond du document.

Une bizarrerie de cette affaire, c’est que le rapport des seize services de renseignement avait été rédigé en avril dernier, et distribué alors aux membres des commissions spécialisées du Congrès. Il n’avait alors suscité aucun commentaire. Les élections étaient encore loin....


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