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DCN passera sous le contrôle de Thales avant la fin de l’année

Capital.fr

jeudi 28 septembre 2006, sélectionné par Spynews

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L’électronicien de défense Thales devrait faire son entrée au capital de DCN, l’entreprise publique qui a construit le porte-avions Charles-de-Gaulle et fabrique nos sous-marins nucléaires, avant le 31 décembre 2006. Le calendrier initial a pris un léger retard, mais l’opération devrait être bouclée d’ici à la fin de l’année. Depuis l’été dernier, plusieurs obstacles ont été levés, dont celui de la valorisation des activités de Thales qui vont entrer dans le périmètre de la nouvelle DCN, ramenée à des proportions plus raisonnables.

Thales s’apprête, selon nos informations, à vendre en cash 100% de sa filiale Thales Naval France (TNF) à DCN. En échange, l’Etat vendra en cash 25% de DCN (dont il possède la totalité du capital) à Thales. En même temps, l’Etat ouvrira le capital de DCN à ses salariés, vraisemblablement en leur cédant des actions à un tarif préférentiel. Enfin, Thales pourra monter à 34% dans le capital de DCN trois ans plus tard.

Jusqu’à l’été, la principale difficulté, qui suscitait la grogne des syndicats de DCN, était la surévaluation des actifs de Thales Naval France par sa maison mère. Une société étant évaluée selon la méthode du "cash flow actualisé" sur 10 ans (c’est à dire la valeur, à long terme, de ses activités actuelles et futures, tels qu’elles apparaissent dans le business plan), Thales avait fait preuve d’un optimisme excessif concernant certaines de ses activités. Par exemple, Thales prévoyait une forte croissance de ses services navals en France, alors que tout le marché de maintenance et de réparation de la Marine nationale est confié depuis de nombreuses années à DCN (sur ses sites de Brest et Toulon). Thales Naval France avait aussi surévalué la valeur de ses 35% de MOPA2 (maîtrise d’œuvre du porte-avions numéro 2).

Etant donné que les syndicats de DCN contestaient ces valorisations, une mission a été confiée à Thierry Aulagnon, directeur de la Banque d’Investissement pour l’Europe (groupe Société Générale). Ses conclusions ont considérablement revu à la baisse les prétentions de Thales.

Thales Naval France serait finalement évalué à un peu moins de 500 millions d’euros. L’Agence des participations de l’Etat a de son côté estimé DCN à 2,5 milliards d’euros. Ces valorisations, ainsi que le projet global, ont été soumis pour avis à la Commission des participations et des transferts, l’ancienne Commission des privatisations qui avait cassé, en 1996, l’attribution de Thomson CSF (le Thales actuel) à Matra Défense. Si la Commission donne cette fois son feu vert, DCN devra donc verser, fin décembre, 500 millions d’euros en cash à Thales pour l’acquisition de TNF. De son côté, Thales versera au Trésor public 625 millions pour acquérir 25 % de DCN.

Un dernier aspect du dossier continue d’inquiéter les syndicats : le projet, très mystérieux et très secret, de pacte d’actionnaire liant l’Etat à Thales dans la nouvelle DCN. Ce pacte ne regarde évidemment pas les gestionnaires ou les salariés de l’entreprise de constructions navales, mais seulement ses actionnaires. Cependant, certaines fuites laissent à penser que Thales aurait obtenu de l’Etat des pouvoirs bien supérieurs à ceux qui sont d’ordinaire attribués à un actionnaire à 25 %. Malgré cette modeste participation, Thales disposerait en réalité du contrôle stratégique de DCN... Le 20 septembre, le Comité central d’entreprise (CCE) de DCN a donc lancé un "droit d’alerte". Il a suspendu ses travaux et va mandater un cabinet d’audit proche des syndicats de salariés (Secafi Alpha ou Syndex) qui leur remettra, fin octobre, un rapport. Ce n’est qu’après réception de ce rapport que le CCE donnera son avis.


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