mardi 24 octobre 2017

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Souriez, vous êtes écouté

Olivier Dumons, le Monde avec AP

lundi 9 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

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Personne n’a oublié le scandale des écoutes téléphoniques d’il y a quelques années sous la présidence de François Mitterrand. Cette cellule directement commandée par l’Elysée interceptait et enregistrait des conversations sélectionnées par différents commanditaires haut placés.

Dominique Cottin, secrétaire générale adjointe du ministère de la justice, a annoncé, mercredi dernier, la création d’une "plate-forme qui permettra l’écoute de la voix, l’identification des numéros appelants, la géolocalisation des téléphones mobiles, la réception des informations détenues par les opérateurs et leur renvoi aux services enquêteurs" ; une super-cellule d’écoute dotée de vrais moyens informatiques d’interception des communications téléphoniques. Cet arsenal devrait, selon toute vraisemblance, entrer en fonctionnement en début d’année 2008, après dépouillement des réponses à l’appel d’offres que le ministère s’apprête à lancer courant 2007. En attendant ces "super-grandes oreilles", c’est un système d’interception de SMS dont va se doter le ministère en janvier 2007. Les écoutes extrajudiciaires, qui concernent essentiellement la sécurité nationale ou la criminalité organisée, sont, quant à elles, gérées par le Groupement interministériel de contrôle, doté de plus de moyens que le ministère de la justice.

FAIRE DES ÉCONOMIES

Actuellement, il est indispensable pour les enquêteurs demandant une écoute d’obtenir une commission rogatoire auprès de juges d’instructions pour lancer l’interception des appels. Ce sont ensuite les officiers de police judiciaire qui se chargent de son application, en mandant l’opérateur et un fournisseur de matériel d’interception. Toutes ces étapes, réquisition comprise, coûtent cher à la justice, qui entend faire avec cette plate-forme automatisée de très fortes économies, de l’ordre de 45 millions d’euros. En 2005, les dépenses d’interception se sont élevées à 92 millions d’euros, contre 70 millions en 2004. Les 20 000 écoutes téléphoniques effectuées en 2005 ont représenté 30 % de cette somme, et augmentent chaque année : ainsi, en 2002, il y avait eu 12 700 écoutes. Comme le préconise le DRMCC (Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines), un organisme universitaire indépendant français dans son rapport "Écoutes et interceptions légales des télécommunications" publié cette semaine, il faut" sortir des pratiques qui multiplient inutilement des actes coûteux (installation systématique de lignes temporaires à chaque interception), et adopter le principe de lignes numériques permanentes sécurisées. Des technologies qui permettent à l’opérateur de commuter l’interception dès qu’il en est requis par la justice".

Internet est également devenu un enjeu d’écoutes puisque de plus en plus de communications transitent par le Réseau. Bien que les opérateurs en France n’aient aucune obligation de rendre leur réseau écoutable, le DRMCC recommande également dans son rapport de "s’assurer avec les opérateurs de communication que leur système permet la mise en place et le renvoi effectif des interceptions. Pour cela, il explique que le point crucial pour intercepter des communications sur Internet est l’équipement par lequel le FAI connecte l’abonné à la Toile et donc par lequel passent les paquets IP".


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