jeudi 14 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Entreprises américaines : le soupçon de l’espionnage

Entreprises américaines : le soupçon de l’espionnage

Pierre-Yves Dugua, le Figaro

lundi 9 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Patricia Dunn, l’ex-présidente du fabricant informatique HP, assure que nombre de sociétés possèdent des équipes d’enquêteurs.

SANS attendre qu’un juge de Santa Clara (Californie) lui présente le 17 novembre son acte d’inculpation, Patricia Dunn a choisi la télévision pour clamer son innocence. Dans l’émission « 60 minutes » de CBS programmée hier, la présidente du conseil d’administration de Hewlett-Packard (HP), tout juste débarquée pour son implication dans une affaire d’espionnage interne au géant de l’informatique, affirmait être restée dans les normes de la vie des affaires américaines.

« Si vous croyez que Hewlett-Packard est la seule société à avoir une équipe d’enquêteurs, vous êtes naïfs », a déclaré cette personnalité de 53 ans, qui était une des plus respectées de la Silicon Valley. Elle est aujourd’hui accusée par le procureur de Californie, Bill Lockyer, d’avoir commandité des investigations sur la vie privée de vingt-quatre personnes dont neuf journalistes. À ce titre, elle a dû laisser la police prendre ses empreintes digitales et sa photo. Sa crédibilité et son casier judiciaire vierge lui ont toutefois permis d’être libérée sans versement de caution. Elle encourt une peine de plusieurs années de prison et des amendes de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Sans compter ce que pourrait lui coûter une inculpation éventuelle par les autorités fédérales qui poursuivent leurs enquêtes. Selon Bill Lockyer, les techniques d’usurpation d’identité choisies par les détectives embauchés par HP ont au minimum violé les lois californiennes de protection de la vie privée. Il s’agissait en particulier d’obtenir par la ruse les relevés de communications téléphoniques privés d’administrateurs de HP et de journalistes. La firme voulait déterminer si les premiers divulguaient aux seconds des informations confidentielles. ­Patricia Dunn n’est pas seule sur le banc des accusés. À ses côtés, Kevin Hunsaker, l’ancien directeur juridique de HP, et trois détectives privés.

Flux d’e-mails sous surveillance« Toutes les sociétés font des enquêtes et les enquêtes sont, par leur propre nature, indiscrètes », affirme Patricia Dunn. Ce ton semble loin des excuses prononcées fin septembre par Mark Hurd, le PDG de HP, qui a depuis succédé à Patricia Dunn en ajoutant la fonction de président du conseil d’administration à celle de PDG du groupe de 150 000 employés. Plusieurs éléments, notamment des échanges d’e-mails et de messages sur Blackberry, montrent que Patricia Dunn était personnellement impliquée dans les méthodes inventives imaginées par ses services pour prendre un des administrateurs de HP en flagrant délit. Il s’agissait de surveiller les domiciles de ces derniers et de tenter de piéger un journaliste en lui faisant croire qu’une personne de la direction de HP lui communiquait des informations confidentielles.

Patricia Dunn avait pour devoir à l’égard de ses actionnaires de mettre un terme aux fuites émanant de son conseil d’administration. La loi américaine autorise aussi une entreprise à surveiller ses employés, y compris à lire leur courrier électronique et écouter leurs conversations téléphoniques, tant que ces communications se font sur les réseaux propres à la société. L’Association américaine du management indique que 76 % d’un échantillon de 526 entreprises interrogées suivent régulièrement les sites Internet visités par leurs employés. 55 % surveillent leurs flux d’emails. Ces mesures visent à empêcher la communication à l’extérieur de secrets de l’entreprise et à constituer des archives en cas de contentieux pour harcèlement ou discrimination. En revanche, enquêter sur des personnes externes à l’entreprise, en particulier de journalistes, est une tout autre affaire. En affirmant que « l’usurpation d’identité est une méthode assez courante dans les entreprises » pour obtenir des relevés téléphoniques privés, Patricia Dunn s’engage sur un terrain miné.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :