vendredi 20 octobre 2017

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Le FBI peine à apprendre l’arabe

Laurent Suply, le Figaro

mercredi 11 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

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Cinq ans après le 11-Septembre, si le « Bureau » a recruté de nombreux traducteurs, les agents spéciaux qui officient sur le terrain ne parlent toujours pas arabe.

Sur les 12 000 agents de terrain du Federal Bureau of Investigation, 129 seulement ont des notions d’arabe moderne. Parmi eux, 58 connaissent quelques mots usuels, et ils ne sont que 33 à pouvoir soutenir une conversation. Encore plus étonnant, parmi ces arabophones, aucun ne travaillent au sein des cellules de coordination de l’antiterrorisme international.

Selon le Washington Post, ces lacunes linguistiques toucheraient également les autres langues moyen-orientales ou asiatiques. Au premier rang, le farsi, parlé en Irak, où l’Urdu. La situation serait peu ou prou la même à la CIA et dans les autres agences antiterroristes américaines. Jusque dans l’administration pénitentiaire : trois terroristes ont pu envoyer 90 lettres à leurs connexions à l’étranger, faute de traducteurs capable de saisir la teneur de leurs messages, signale le quotidien.

Un « sérieux problème »

Le Post souligne notamment le cas des International Terrorism Operations Sections (ITOS), deux cellules de coordination anti-terroristes. « La connaissance de la langue arabe n’est pas une aptitude utilisée au sein des ITOS », déclare Michael Heimbach, qui dirige l’une d’entre elles. Et pour cause : les documents qu’ils étudient (écrits, audio, vidéo) sont traduits en amont par des traducteurs spécialisés. Sur le terrain, le FBI assure que des traducteurs sont disponibles sous 24 heures aux Etats-Unis ou à l’étranger. L’ « effort de guerre » du FBI depuis les attentats du 11-Septembre s’est en effet traduit par un vaste recrutement de traducteurs.

En cinq ans, leur nombre est passé de 70 à 269 pour l’arabe, et de 24 à 79 pour le farsi. Au total, le FBI peut traduire dans plus de 100 langues. Les plus forts taux de croissance concerne le somalien (de 1 à 12), le pashtoune (de 1 à 10), et le kurde (de 0 à 6). Le nombre de traducteurs en espagnol baisse de 22%, mais ils sont toujours 344, vestiges de l’engagement des Etats-Unis en Amérique du Sud.

Pourtant, Daniel Byman, un universitaire spécialiste des questions de sécurité, explique au Post que ce manque d’agents de terrain arabophones est un « sérieux problème ». La connaissance de la langue donne « une connaissance de la culture et de la sensibilité, et rend plus sensible à la nuance, et bien souvent, dans une enquête, il ne s’agit que de ça », explique-t-il.

Un handicap dans la « guerre contre le terrorisme »

Cette carence s’explique par la difficulté à recruter dans la communauté arabe, mais aussi par les conditions d’embauche très strictes. La nationalité américaine est exigée, et les candidats peuvent être recalés après enquête de personnalité, en particulier s’ils ont toujours de la famille au Moyen-Orient.

Et quand le FBI a sous la main des agents bilingues, il leur interdit carrément de participer aux enquêtes anti-terroristes, comme ce fût le cas de l’agent spécial Bassem Youssef, un égyptien naturalisé américain, qui s’est vu écarté de son domaine de compétence après le 11-Septembre. Il est actuellement en procès avec le département de la Justice. Et son avocat de s’interroger : « Comment peut-on mener une guerre avec un tel handicap ? »


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