jeudi 14 décembre 2017

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Incertitudes sur le test nord-coréen

Maurin Picard, le Figaro

jeudi 12 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

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Soixante-douze heures après l’annonce, par Pyongyang, de l’essai nucléaire, services de renseignements et agences scientifiques se perdent en conjectures.

TROIS JOURS après la secousse enregistrée en Corée du Nord, services de renseignement et agences internationales spécialisées se perdent en conjectures. Pyongyang a-t-elle réellement mené à bien un essai nucléaire, celui-ci a-t-il simplement échoué, ou bien s’agissait-il d’un bluff complet, réalisé à l’aide d’une charge massive d’explosifs ?

À Vienne, siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et de l’Organisation du traité pour l’interdiction complète des essais nucléaires (Otice), les experts s’activent encore à décortiquer les comptes-rendus fournis par les stations sismologiques du monde entier. Il est, pour l’heure, seulement acquis que le test du 9 octobre dernier était souterrain, que son épicentre se trouvait à Sangp’yong-ri, dans la province de Hangyong Nord, pour un séisme mesuré entre 3,5 et 4,9 sur l’échelle de Richter. L’explosion serait inférieure à un kilotonne, une puissance si faible qu’elle a déclenché des spéculations sur un possible échec des scientifiques nord-coréens. « S’il s’agissait d’une explosion nucléaire, il s’agirait d’une explosion ratée », a déclaré hier la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, sur Europe 1.

Les renseignements recueillis proviennent pour partie des treize stations opérationnelles du système de surveillance international (SSI) de l’Otice, dernière venue des institutions internationales en charge du nucléaire. Cette organisation, qui doit faire respecter l’interdiction totale des essais nucléaires sur la planète, dispose encore d’un statut provisoire : parmi les 44 États actuellement recensés disposant d’un « potentiel » nucléaire, réel ou virtuel, 10 n’ont pas encore ratifié son traité constitutif. L’Otice reste donc « un simple système de collecte de données », constate le spécialiste des questions nucléaires Gregory Webb.

L’impuissance de la communauté internationaleCette organisation se contente donc d’envoyer des rapports à ses États membres, comme celui transmis quelques minutes après la secousse détectée en Corée du Nord. Un second rapport devrait prochainement évaluer la présence d’éléments radioactifs dans l’atmosphère. Ces radionucléides « servent d’indicateur précieux pour définir les caractéristiques précises d’un test nucléaire », commente Gregory Webb. Les États-Unis, qui possèdent un système de détection similaire, emploient pour leur part des avions-espions, chargés de collecter des échantillons gazeux dans l’espace aérien nord-coréen, à la recherche de ces fameux radionucléides, qui prouveraient que l’explosion était d’origine nucléaire.

Ces tâtonnements illustrent l’impuissance de la communauté internationale face à un « État voyou » tel que la Corée du Nord, dont l’isolement complique les tentatives de « renseignement humain » menées par les services secrets occidentaux. L’AIEA et ses inspecteurs nucléaires constituent les premières victimes collatérales du test nord-coréen. La crédibilité de l’agence de Vienne, comme cerbère du traité de non-prolifération (TNP), avait déjà été mise à mal par les essais nucléaires indien et pakistanais en 1998, puis par la sortie du traité de Pyongyang en 2003. « L’échec à brider les velléités nucléaires de la Corée du Nord pourrait déclencher une nouvelle course nucléaire et précipiter l’effondrement du TNP », relève Daniel Pinkston, du Centre des études de non-prolifération de Monterey, aux États-Unis. En Corée du Sud, un sondage indiquait hier que 65 % des personnes interrogées se prononcent en faveur d’une capacité de dissuasion nucléaire face au menaçant voisin du Nord.


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