mardi 17 octobre 2017

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Affaire Clearstream : Michèle Alliot-Marie bientôt entendue en qualité de témoin

Gérard Davet et Hervé Gattegno, le Monde

lundi 16 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

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La ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, livrera bientôt aux juges sa version de l’affaire Clearstream. Selon les informations recueillies par Le Monde, le conseil des ministres examinera mercredi 18 octobre la demande adressée au gouvernement par les deux magistrats chargés de l’enquête, Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, afin d’être autorisés à interroger Mme Alliot-Marie en qualité de témoin. Conformément à la procédure légale, les juges ont adressé leur requête au garde des sceaux, Pascal Clément, dans une lettre officielle datée du 10 octobre. Prévenue par son collègue à la fin de la semaine dernière, la ministre de la défense semble avoir souhaité que le feu vert gouvernemental soit accordé au plus vite, afin de pouvoir s’expliquer rapidement.

La prochaine convocation de Mme Alliot-Marie intervient au moment où d’insistantes rumeurs évoquent son désir de se porter candidate à la présidence de la République – voire de briguer l’investiture de l’UMP pour le scrutin de 2007, quitte à affronter Nicolas Sarkozy. La ministre n’a toutefois pas explicitement confirmé son entrée en lice.

Si cette convocation peut perturber son calendrier politique, le choix du statut de simple témoin pour interroger Mme Alliot-Marie établit en revanche de façon claire que celle-ci n’est soupçonnée par les juges d’aucune complicité dans les infractions poursuivies dans l’affaire Clearstream : la "dénonciation calomnieuse" ayant consisté à diffuser les faux listings bancaires auprès de la justice puis dans la presse et, a fortiori, la falsification des documents eux-mêmes. Après plusieurs mois de spéculations sur la stratégie des magistrats, la convocation de la ministre devrait préluder à celle de Dominique de Villepin, qui avait déclaré, le 8 octobre lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI : "Je suis non seulement prêt à apporter mon témoignage à la justice, mais je le souhaite."

Pour l’essentiel, les interrogations portent sur la connaissance qu’avait la ministre de la défense de la manipulation en cours, entre l’automne 2003 et la fin de l’été 2004, qui visait à compromettre dans un scandale financier une série de personnalités au premier rang desquelles figurait Nicolas Sarkozy. L’enquête judiciaire a révélé que le général Philippe Rondot, chargé de vérifications confidentielles sur le contenu des fameux listings, n’avait pas intégralement informé sa hiérarchie directe – c’est-à-dire le directeur du cabinet de Mme Alliot-Marie et la ministre elle-même – de ses propres découvertes. De fait, l’officier s’était vu intimer par M. de Villepin, au nom de l’Elysée, la consigne de ne rendre compte qu’à lui de ses conclusions. Interrogé par les juges le 28 mars, le général Rondot avait assuré avoir "senti dès le mois de mai 2004 que cette affaire de listings était un montage". "Je l’ai dit à mon ministre, Mme Alliot-Marie, avait-il ajouté. J’ignore si elle a pris son téléphone pour en informer alors M. Sarkozy. Si elle ne l’a pas fait, je le regrette." La ministre a toujours contesté avoir été informée de la mise en cause de personnalités politiques dans les listings Clearstream avant l’évocation de leurs noms dans la presse, à l’été 2004.

Les juges d’instruction devraient également demander à Mme Alliot-Marie ce qu’elle savait des missions confiées par la DGSE, en 2003, à l’informaticien Imad Lahoud, aujourd’hui soupçonné d’être l’auteur de la falsification des listings. Interrogé le 14 septembre par les juges en qualité de témoin, le directeur de la DGSE, Pierre Brochand, a affirmé que son service était "totalement étranger à l’affaire Clearstream".


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