mardi 17 octobre 2017

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La fusée russe Soyouz passe à l’ère informatique avec peine

Jérôme Fenoglio, le Monde

lundi 16 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

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Partira-t-elle cette fois ? Posée à propos d’une fusée Soyouz, qui doit placer en orbite, mardi 17 octobre, le satellite européen de météorologie MetOp, cette question aurait longtemps paru inconvenante.

En plus de 1 700 tirs et cinquante années d’activité, le lanceur russe s’est taillé une réputation de ponctualité sans égale. En gros, un technicien appuie sur un bouton à l’heure dite, et ça part à tous les coups, ou presque. Or en juillet, MetOp a dû patienter plusieurs jours d’affilée sur son pas de tir de Baïkonour (Kazakhstan), lors de trois tentatives avortées, avant d’être rapatrié dans son hangar, et d’attendre trois mois une nouvelle occasion de quitter la Terre. Que s’est-il donc passé ?

Symbole de la robustesse du spatial russe, rudimentaire mais fiable, le lanceur Soyouz est tout simplement entré dans la modernité des systèmes de navigation numériques. Ses bancs de contrôles au sol, jusque-là à peine plus compliqués qu’un programmateur de machine à laver, ont intégré des logiciels beaucoup plus sophistiqués. Le tout premier vol de ce nouveau Soyouz 2.1 s’était passé sans difficulté.

La deuxième tentative, celle de MetOp, en juillet, a en revanche cumulé les bugs. "Le système est apparu trop rigide par rapport à la prise de décision, explique François Barreau, directeur du développement et de l’exploitation de Soyouz à la direction des programmes d’Arianespace (qui commercialise les vols du lanceur au sein de la société franco-russe Starsem). En cas d’anomalie, il n’offrait plus à l’opérateur la latitude d’estimer si le compte à rebours pouvait se poursuivre." A ces rigidités inédites se sont ajoutées celles, plus anciennes, qui renvoient à la conception de la fusée. "Une des particularités de Soyouz, c’est qu’au bout de 72 heures avec le plein de kérosène, le lanceur doit être rapatrié vers l’usine de Samara, en Russie, où il doit être démonté et nettoyé, dit Jean-Marc Astorg, responsable du projet Soyouz en Guyane pour le Centre national d’études spatiales (CNES). Cela explique le plus gros du report de trois mois."

COIFFE ÉLARGIE

Ce laps de temps a été mis à profit pour tenter de gommer les bugs. Et personne ne regrette, pour l’instant, de s’être engagé dans cette modernisation qui permettra d’effectuer des placements en orbite beaucoup plus précis et d’emporter, sous une coiffe élargie, au sommet de l’engin, des satellites très volumineux tels que MetOp, mastodonte de 4 tonnes et 6 mètres de long. "Plus la coiffe est large, plus cela réclame un pilotage serré de la fusée, dit M. Astorg. Les systèmes numériques deviennent indispensables pour gérer les turbulences et atténuer les efforts aérodynamiques à la traversée de l’atmosphère."

A cette version 2.1 A, qui sera aussi lancée, à partir de 2008, de Kourou (Guyane), s’ajoutera une version 2.1 B, dotée d’un nouveau moteur du troisième étage qui permettra d’emporter des charges plus lourdes. C’est le premier exemplaire de cette autre nouveauté qui devrait emmener vers le ciel le satellite Corot, premier chasseur spatial de planètes extra-solaires, conçu par le CNES. La date du tir de l’européen MetOp influera ainsi directement sur le calendrier du lancement du français Corot, qui, après plusieurs délais, ne devrait pas intervenir avant les tout derniers jours de décembre.


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