dimanche 22 octobre 2017

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Un fonds nid à fantasmes

Nicolas CORI, Liberation

dimanche 3 avril 2005, sélectionné par Spyworld

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Proche des Bush et de la CIA, Carlyle gère 25 milliards de dollars.

Mettez la CIA, George Bush fils et père, un peu d’aéronautique, du militaire et beaucoup d’argent, et vous avez Carlyle. Le premier fonds d’investissement de la planète est un nid à fantasmes pour les adeptes des théories conspirationnistes. Créée en 1987 par un trio de financiers, la firme a cherché à se développer grâce l’appui du pouvoir politique, et notamment du camp républicain. Elle a ainsi recruté Franck Carlucci, ancien patron de la CIA et secrétaire d’Etat sous Reagan. Il est aujourd’hui président honoraire de Carlyle. George Bush père y a fait office de conseiller pendant plusieurs années, et son fils George W. a occupé, un temps, un poste d’administrateur dans une société achetée par le fonds. Cette proximité avec la Maison Blanche a ainsi permis à Carlyle de faire des acquisitions dans des secteurs sensibles comme la défense et l’aéronautique.

Mais aujourd’hui, le fonds a diversifié son portefeuille : il possède de l’immobilier, des câblo-opérateurs, des sous-traitants pour l’industrie automobile... En France, il a fait un aller-retour dans le Figaro, est propriétaire des locaux de l’Imprimerie nationale et détient Aprovia, un éditeur de presse professionnel ­ où un plan de suppression d’emplois concernant 25 % des effectifs a été mis en place en janvier.

Son influence est maintenant due à sa force de frappe financière. Depuis sa dernière levée de fonds, Carlyle gère 25 milliards de dollars. C’est encore loin de Calpers, le fonds de pension des retraités de Californie, qui détient 180 milliards d’actifs. Mais à la différence des fonds de pension, les fonds d’investissement ne se contentent pas de placer leur argent dans une entreprise, ils en prennent le contrôle. Et cela peut parfois virer à la confrontation directe avec les managers.

En France, Carlyle s’est ainsi embourbé dans l’affaire Otor, une entreprise de carton ondulé. Depuis 2001, le fonds est en conflit avec ses deux dirigeants, Jean-Yves Bacques et Michèle Bouvier. Il avait investi en 2000 une participation minoritaire dans l’entreprise au bord de la faillite, à la condition de pouvoir en prendre le contrôle total si elle ne se redressait pas assez vite. Otor n’a pas atteint les objectifs de rentabilité fixés, mais Bacques et Bouvier ont refusé d’appliquer l’accord et répliqué en lançant une campagne d’intox contre Carlyle (Libération du 10 décembre). Le 23 mars, un tribunal arbitral a donné raison aux dirigeants de Carlyle. Otor a annoncé avoir fait appel.


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