mardi 24 octobre 2017

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L’espace intersidéral, 51ème état américain

Constance Jamet

lundi 23 octobre 2006, sélectionné par Spynews

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Les Etats-Unis ont rendu public la semaine dernière leur nouvelle politique spatiale. Cette stratégie sans concession ambitionne de protéger les intérêts américains dans l’espace et interdit aux adversaires du pays l’accès aux cieux. Sidérant !

La guerre des étoiles aura bien lieu. En catimini, la Maison-Blanche a publié mercredi dernier, un document signé par le président en août dernier, qui radicalise la politique spatiale de la première puissance mondiale. Désormais, les Etats-Unis comptent « préserver tous leurs droits, leurs moyens et leur liberté d’action dans l’espace », quitte à s’approprier les cieux puisque le texte précise que, le cas échéant, « ils empêcheront leurs adversaires d’user de leurs capacités d’armement hostiles aux intérêts nationaux américains ».

C’est une menace à peine voilée aux ennemis potentiels du pays de l’Oncle Sam, tels que la Chine (pour ne pas la nommer), qui voudraient entraver la liberté de circulation des satellites militaires et civils des Etats-Unis. Les spécialistes craignent surtout que ce document marque le début de l’armement de l’espace et une course effrénée entre états. Bien que la Maison-Blanche ait démenti tout développement et déploiement d’armes dans le cosmos, les Etats-Unis sont au cœur de tous les soupçons depuis qu’ils ont refusé, en octobre 2005, une résolution onusienne appelant à la proscription des armes dans l’espace.

Ce nouveau dogme spatial révise celui de l’administration Clinton adopté en 1996, qui, s’il prévoyait de préserver et renforcer la sécurité des Etats-Unis, entendait aussi améliorer la connaissance de notre planète, du système solaire et de l’univers à travers l’exploration. Cette réforme est surtout l’enfant de la doctrine Bush sur la sécurité nationale formulée en 2002, qui insistait les actions militaires préemptives. On retrouve dans les deux déclarations le même ton unilatéral. Il s’agit pour l’Amérique de convaincre les autres pays de soutenir sa politique spatiale et d’abandonner la leur, sous peine d’être jugés antagonistes.

La suprématie de l’espace est capitale pour les Etats-Unis. Dès 2001, un rapport du Pentagone s’inquiétait que des avancées technologiques permettent à des adversaires de dévier les satellites américains de leurs orbites. Washington est devenu de plus en plus dépendant de ces engins. Il y a 10 ans un satellite hors de contrôle avait provoqué la panne de plus de 45 millions de pagers. On imagine les conséquences lorsqu’on sait qu’aujourd’hui téléphones portables, distributeurs de billets et GPS fonctionnent grâce à la technologie satellitaire. De même, les Etats- Unis s’appuient sur cette technique pour leurs opérations de combat, comme lors des guerres du Golfe, des Balkans, d’Afghanistan et d’Irak.

La priorité est donc, pour l’administration Bush, de multiplier satellites commerciaux et espions, dont la surveillance instantanée 24h/24h est indispensable. Il est aussi prévu de mettre en place un système d’ « alerte stratégique et tactique, global et permanent » et des « défenses anti-missiles intégrées ». Le projet bouclier anti-missile américain, « star wars », initié en 1983 par Ronald Reagan, est donc ressuscité. Des rumeurs suggèrent même que l’US Air Force réfléchirait à la conception de lasers, de vaisseaux spatiaux et de canons tirant de l’espace des charges de tungstène de 100kg. Le Pentagone n’a-t-il pas demandé au Congrès, en ce début d’année, des millions de dollars pour tester des armes de l’espace ?

Il est hors de question, pour les Etats-Unis, de se voir voler leur hégémonie dans l’espace. Ainsi, l’exploration de l’univers a été remise au goût du jour par George Bush qui a fixé des objectifs ambitieux à la NASA : retour des vols habités sur la lune d’ici 2008 et construction de bases lunaires pour lancer des missions vers Mars. La doctrine Bush comprend aussi un volet dédié à l’émergence d’une économie spatiale dynamique, via des vols commerciaux. Seul obstacle à l’avènement du tourisme de masse, l’encombrement de l’orbite terrestre, polluée par de nombreux débris qui endommageraient les vaisseaux. Un forum international, sous direction américaine, dédié à ce sujet devrait voir le jour. Les Etats-Unis, qui n’ont jamais signé le protocole de Kyoto, se préoccupent donc de l’écologie de l’espace !


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