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Berlin implique la Bundeswehr dans la lutte antiterroriste

Pierre Bocev, le Figaro

mercredi 25 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

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Un livre blanc sur la sécurité révèle la nécessité de modifier la Constitution pour donner un rôle accru à l’armée dans la lutte contre le terrorisme à l’intérieur du pays.

LA BUNDESWEHR s’émancipe. Après des mois de débats souvent acrimonieux entre ses composantes conservatrice et sociale-démocrate, la grande coalition d’Angela Merkel doit adopter aujourd’hui un livre blanc sur la politique de sécurité de l’Allemagne qui assignera pour la première fois à l’armée un rôle, fût-il méticuleusement limité, dans la lutte contre le terrorisme à l’intérieur même du pays.

La CDU/CSU de la chancelière essayait depuis longtemps de pousser dans ce sens. Notamment le ministre de l’Intérieur, Wolfgang Schäuble, qui avait en vain voulu imposer le recours aux soldats pour assumer des tâches policières pendant la Coupe du monde de football au début de l’été. À l’inverse, le SPD y est traditionnellement opposé en renvoyant à la loi fondamentale de 1949 qui n’autorise l’intervention de l’armée que dans des conditions précises, « en cas de catastrophe naturelle ou de sinistre particulièrement grave ».

À la lumière des attentats meurtriers du 11 septembre 2001, le gouvernement précédent de Gerhard Schröder avait tenté d’élargir le rôle de la Bundeswehr, par le biais d’une loi qui l’aurait autorisée à abattre tout avion détourné par des terroristes dans l’intention de l’utiliser comme bombe volante. Ce texte a toutefois été invalidé par la Cour constitutionnelle.

Premier débat de fond depuis 1994

Résultat, une formulation mi-figue mi-raisin du livre blanc, qui place certes « la lutte contre le terrorisme international » parmi « les tâches les plus vraisemblables » de l’armée, mais qui limite son intervention à l’intérieur du pays au cas où seul son appui aux forces de police permet une intervention efficace. Les partenaires dissemblables de la coalition, sur ce point, conviennent de la « nécessité d’élargir le cadre constitutionnel » permettant un recours à la Bundeswehr, ce qui annonce une nouvelle série de discussions acharnées.

Le dernier livre blanc sur la sécurité date de 1994, une époque où son adoption par le gouvernement d’Helmut Kohl n’avait pas fait l’objet de débats de fond. L’Allemagne, alors, se remettait à peine de la réunification. Même les missions combattantes de la Bundeswehr à l’étranger paraissaient à l’époque exclues, alors que ce problème s’est posé dès 1999 lors de l’intervention de l’Otan contre la Serbie. La coalition « rouge-verte » de Schröder avait bien remis sur le chantier une nouvelle tentative, mais s’était heurtée au refus absolu des écologistes de prolonger dans un document officiel la conscription.

Aujourd’hui, l’armée de métier reste proscrite dans le texte élaboré par le ministère de la Défense coiffé par Franz Josef Jung (CDU), avec l’approbation parfois difficilement acquise des départements sous direction sociale-démocrate comme les Affaires étrangères. Le concept de sécurité nationale qui sous-tend ce document dépasse largement les aspects militaires et englobe également la protection des droits de l’homme, la garantie d’un commerce mondial sans entraves et l’assurance d’approvisionnements en énergie.


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