samedi 21 octobre 2017

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Incertitudes sur le second porte-avions français

Arnaud de la Grange, le Figaro

jeudi 26 octobre 2006, sélectionné par Spyworld

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Michèle Alliot-Marie souhaite rendre « irréversible » la réalisation de ce programme.

COMME l’a montré l’affaire du Clemenceau, au-delà de leur valeur opérationnelle, les porte-avions ont une haute portée symbolique. Un autre de ces navires de premier rang - virtuel celui-ci - est devenu emblématique des interrogations qui pèsent sur la Défense après l’échéance électorale de 2007. Le PA2, le deuxième porte-avions français, voulu par Jacques Chirac et qui devrait devenir en 2015 le petit (ou grand) frère du Charles de Gaulle, n’est qu’un des grands programmes d’armement en cours, mais il focalise toutes les attentions. Hier, en ouverture du salon Euronaval, Michèle Alliot-Marie a affirmé que son « ambition est bien de rendre ce programme aussi irréversible que possible » et appelé les industriels à « une mobilisation à la hauteur de l’importance stratégique de ce dossier ». Le ministre de la Défense a précisé que le projet de loi de finances 2007 inscrit 700 millions d’euros pour le développement du PA2. « C’est une somme considérable, a-t-elle dit, je vois mal un gouvernement renoncer aux sommes investies pour rien. C’est en ce sens qu’on peut parler d’irréversibilité. »

« Dans un monde idéal... »

Ce simple mot d’« irréversibilité » montre que le dossier reste fragile. Au sein des armées, le débat est parfois vif. Les marins font valoir que le porte-avions est l’outil indispensable pour la gestion de crises, en permettant la projection de puissance sans « empreinte au sol ». Et qu’un deuxième bateau est indispensable, le Charles de Gaulle étant régulièrement indisponible pour 18 mois d’entretien. « Dans un monde idéal, je suis d’accord, explique une source militaire, mais même dans une hypothèse de maintien du budget, il apparaît impossible de le financer sans sacrifier d’autres programmes indispensables. » L’armée de terre fait valoir que, dans les opérations extérieures, c’est elle qui met les mains dans le cambouis et qu’elle a un besoin vital d’hélicoptères ou de blindés bien protégés. Elle ne serait pas fâchée que le PA2 boive la tasse. L’armée de l’air non plus, qui craint pour ses Rafale et qui rappelle que l’on peut aisément déployer des chasseurs depuis la terre, comme en Afghanistan depuis le Tadjikistan. Certains font remarquer que la coopération ambitieuse avec la Grande-Bretagne sur le porte-avions s’est transformée en « coopération modeste et fragile ». Avec à la clé des économies moins prometteuses que prévu pour ce programme de plus de 2 milliards d’euros.

Côté politiques, à qui reviendra la décision, les réflexions vont bon train. Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, juge que l’on peut faire l’économie d’un deuxième porte-avions. « Avec les frégates Fremm et les sous-marins Barracuda, le PA2 fait partie des trois grands programmes de la marine qui ne sont pas financés, commente Louis Gautier, chef de file de la réflexion défense au PS, il y aura des arbitrages douloureux à faire. » Des députés de l’UMP ont, eux aussi, mis en doute l’absolue nécessité du PA2. À droite, un expert confirme que l’heure des choix difficiles approche. « Michèle Alliot-Marie a fait mieux que tous ses prédécesseurs, mais cela ne suffit pas pour rattraper l’annuité qui a été perdue sous Jospin », dit-il. Il manquerait aujourd’hui 20 milliards d’euros pour tous les programmes en cours.

« J’ai entendu certains candidats potentiels ou déclarés repartir dans les vieux errements en disant qu’il faut diminuer le budget de la Défense nationale », a lancé hier MAM, qui a annoncé que le premier sous-marin nucléaire d’attaque Barracuda serait livré en 2016, le contrat pour six exemplaires devant être ratifié avant la fin de l’année. « Où qu’elle soit », aime- t-elle dire, elle défendra les intérêts de la Défense. L’état-major des Armées a quelques mois pour préparer des options d’arbitrage pour les futurs gouvernants. En comparaison de ce chantier, le Liban apparaîtrait presque comme une affaire simple...

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Le futur petit (ou grand) frère du Charles de Gaulle (premier plan) focalise toutes les attentions. (DR)


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