samedi 21 octobre 2017

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Clearstream : encore des nouvelles têtes

Renaud Lecadre, Libération

vendredi 3 novembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Les enquêteurs s’intéressent de près à un cabinet d’« intelligence économique » dans l’affaire des faux listings bancaires impliquant des politiques.

Le spectre d’une troisième équipe ­ comme dans le sabotage en 1985 du Rainbow Warrior ­ plane sur l’affaire Clearstream... Pierre Sellier, ancien agent de la DGSE recyclé dans un cabinet privé dit d’« intelligence économique », baptisé Salamandre, a été entendu hier par les policiers chargés de l’enquête sur les faux listings bancaires de Clearstream. Au coeur de leurs interrogations : ses relations avec Imad Lahoud, financier, mathématicien, soupçonné d’avoir manipulé des fichiers en vue d’établir une liste de personnalités auxquelles était faussement attribué un compte bancaire offshore. Mis en examen, il nie mordicus.

Imad Lahoud a d’abord été « traité » par la DGSE entre décembre 2002 et avril 2003, le service d’espionnage espérant tirer parti de ses connaissances de la galaxie Ben Laden. A partir du printemps 2003, ce Franco-Libanais a été pris en charge par le général Rondot, électron libre du renseignement, dépendant théoriquement du ministère de la Défense. Mais ensuite ? « Le listing Clearstream ressemble à un arbre de Noël, avec une succession d’effets d’aubaine », note un proche du dossier. On y retrouve des dirigeants aéronautiques dans la ligne de mire de Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d’EADS ­ qui a finalement revendiqué la paternité des cédéroms anonymes ­, des membres des services spéciaux français ­ obsession du général Rondot ­, des politiques, comme Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement ou Alain Madelin. Mais qui aurait pu suggérer d’ajouter le nom Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, patronyme complet du ministre ?

Ancien directeur de la DGSE nommé responsable de « l’intelligence économique » à Matignon ( « Economie de l’intelligence », ironisent les détracteurs de cette espionnite en col blanc), Alain Juillet a été en contact avec Imad Lahoud. Pas plus de deux fois, se défend-il : fin 2002, lors de sa présentation au général Rondot, puis en 2004, à propos d’une faille dans la sécurisation du Blackberry, un ordinateur de poche. Deux fois par mois, rétorque Lahoud. A ce stade, difficile de savoir qui dit vrai, mais Pierre Sellier a peut-être la réponse. Dès 2005, aux prémices de leur enquête pénale, les juges d’instruction Jean-Marie d’Huy et Henri Pons s’intéressaient déjà au cabinet Salamandre, travaillant ­ entre autres ­ pour EADS (l’employeur de Gergorin et Lahoud), fournissant des notes géostratégiques sur l’après 11 Septembre. Mais Sellier est aussi réputé proche de Juillet, donc susceptible de lui rendre compte sur bien d’autres sujets...

De fait, en mai 2005, Pierre Sellier avait à son tour « débriefé » Imad Lahoud. Il en a fait une note, un « verbatim », synthèse de ses entretiens particuliers avec lui. Lahoud affirme que leurs conversations ne portaient que sur la sécurité des systèmes informatiques ; Sellier rétorque qu’elles ont très vite dérivé sur Clearstream. Sa note, présentant Lahoud comme un « mythomane » se disant « couvert par Alain Juillet », est remontée au plus haut niveau.

Et Sarkozy dans tout cela ? Une note ­ une de plus ­ du général Rondot ferait allusion à une rencontre « NS-IL » à Bercy, fin juin-début juillet 2004, au moment même de l’explosion de l’affaire Clearstream à la une du Point. En fait, un scribouillage initialement diagnostiqué « illisible » par les enquêteurs. Sauf que le général Rondot confirme dans une lettre aux juges d’instruction la réalité d’un rendez-vous de Lahoud à Bercy avec un membre du cabinet de Sarkozy, alors ministre de l’Economie, ce dernier se contentant de passer brièvement la tête à travers une porte. On finirait par s’y perdre, et cela n’est pas fini : derrière Salamandre se dissimulerait un Franco-Libanais, Ziad Takieddine, intermédiaire dans des contrats d’armements en Arabie Saoudite, proche de la galaxie Sarkozy. On n’a pas fini d’évoquer les dégâts collatéraux de l’affaire Clearstream.


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