jeudi 19 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Polémique en Corée du Sud après l’arrestation pour espionnage (...)

Polémique en Corée du Sud après l’arrestation pour espionnage d’un chef de la gauche

Jean-Marc Manach, le Monde

vendredi 3 novembre 2006, sélectionné par Spyworld

L’arrestation du secrétaire général adjoint du premier parti politique de gauche sud-coréen, accusé d’espionnage au profit de la Corée du Nord, n’en finit pas de faire la "une" des quotidiens du "pays du Matin calme", mercredi 1er novembre. Pour le journal conservateur Chosun Ilbo, il s’agirait du "plus grand scandale d’espionnage depuis des décennies". De "la version coréenne, en 2006, du maccarthysme", selon le quotidien libéral Dong-A Ilbo qui fait remarquer que, tout alcoolique et anticommuniste qu’il fut, MacCarthy n’en permit pas moins la condamnation de véritables espions communistes.

Au total, cinq hommes ont été arrêtés jeudi 26 octobre par le service de renseignement national (NIS), accusés d’avoir violé la loi sur la sécurité nationale, qui interdit tout contact avec la Corée du Nord. A l’initiative d’un homme d’affaires américano-coréen, qui aurait fait allégeance à Kim Jong-il, ils auraient rencontré des agents nord-coréens en Chine et leur auraient transmis des informations sur la classe politique sud-coréenne.

"GÉNÉRATION 386"

Tous font partie de la "génération 386", du nom donné à ces étudiants qui, dans les années 1980, se sont battus contre la présence américaine et pour la démocratisation du pays, alors dominé par un régime autoritaire. 2 700 de ces "héros de la démocratie", dont deux des cinq inculpés, ont depuis été indemnisés en compensation des peines de prison et autres désagréments qu’ils avaient alors subis. Or, ces "386ers" sont nombreux dans le gouvernement et la classe politique aujourd’hui au pouvoir, et c’est sur eux que reposent le peu de liens diplomatiques encore actifs avec la Corée du Nord.

La présence, parmi les cinq espions présumés, de Choi Ki-young, secrétaire général adjoint du Parti démocratique du travail (PDT), troisième force politique du pays, confère à cette affaire d’espionnage une tournure très politique. Pour le PDT, favorable à la réunification des deux Corées et à la dénucléarisation de la péninsule, l’hostilité des Etats-Unis et du régime sud-coréen envers Pyongyang sont responsables des essais nucléaires en Corée du Nord.

Fait étonnant pour un supposé espion, Choi Ki-young manifestait la veille de son arrestation devant le siège des services de renseignement. Estimant que son arrestation relève "clairement de la répression politique", le PDT reproche au directeur des services de renseignement, Kim Seung-kyu, d’avoir rendu l’affaire publique, et de vouloir stigmatiser les "386ers". Kim Seung-kyu a présenté sa démission le jour même de l’arrestation des cinq espions. Après le ministre de la défense et celui de l’unification, c’est le troisième haut responsable à démissionner en une semaine dans la foulée des essais nucléaires nord-coréens.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :