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La Grande-Bretagne devient une "société sous surveillance" technologique

Djallal Malti, AFP

vendredi 3 novembre 2006, sélectionné par Spyworld

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La Grande-Bretagne est en train de devenir une "société sous surveillance" où l’espionnage quotidien des comportements par l’Etat et les entreprises risque de créer un climat de suspicion au sein de la population, selon un rapport paru jeudi. "Aujourd’hui, je crains que nous soyons en train de prendre conscience du fait que nous sommes déjà dans une société sous surveillance omniprésente", affirme Richard Thomas, directeur de la Commission britannique pour l’information, qui a commandité le rapport.

Cet organisme indépendant est chargé de promouvoir l’accès du public à l’information officielle et de protéger les informations sur les personnes.

Le rapport a été rédigé par des universitaires réunis au sein du Réseau des études sur la surveillance. Il est publié à l’occasion d’une conférence internationale sur la protection des données et de la vie privée, qui se tient à Londres les 2 et 3 novembre.

Caméras de surveillance, analyses des habitudes d’achat et de consommation, enregistrement des mouvements des personnes, de leurs téléphones portables et suivi de l’internet sont omniprésents dans la vie des Britanniques, affirme le document, intitulé "rapport sur la société sous surveillance".

Il y a actuellement 4,2 millions de caméras de surveillance en Grande-Bretagne, souligne-t-il, soit une pour 14 personnes, ce qui en fait le pays "le plus surveillé au monde", selon David Murakami-Wood, l’un des co-auteurs du rapport.

"Nous avons plus de caméras de surveillance et des lois plus faibles sur la vie privée et la protection des données", s’inquiète-t-il.

"Ce ne sont pas seulement les caméras de surveillance. C’est la technologie qui surveille nos mouvements et activités", reprend Richard Thomas. "Chaque fois que nous utilisons un téléphone portable, une carte de crédit, effectuons des recherches sur internet, achetons en ligne, conduisons nos voitures, de plus en plus d’informations sont collectées, donc nous laissons ce que j’appelle une empreinte électronique", précise-t-il.

Mais alors que cette surveillance peut se révéler utile contre le terrorisme et la criminalité, le danger est que "non-visible, non-contrôlée et excessive, elle peut favoriser un climat de suspicion et miner la confiance", met en garde Richard Thomas.

"De plus en plus d’informations sont collectées, partagées et utilisées et cela s’immisce dans notre espace privé et mène à des décisions qui influencent directement la vie des gens", ajoute le directeur de la Commission. Selon le rapport, la plupart des techniques de surveillance sont automatisées et hors de la vue des personnes.

De plus, ajoute M. Thomas, "des erreurs peuvent également être commises avec de sérieuses conséquences", comme des erreurs sur l’identité des personnes, la prise pour acquis de faits erronés, les soupçons envisagés comme des faits et des atteintes à la sécurité.

Le rapport met aussi le doigt sur ce qu’il appelle la "dataveillance", ou surveillance via les données informatiques au travers des cartes de crédit, téléphones portables et cartes de fidélité. Celle-ci est utilisée dans un but commercial par les entreprises qui peuvent ainsi identifier les habitudes de consommation des individus.

Il tente enfin d’imaginer ce qui se passera dans les dix ans à venir, en présentant des scénarios possibles d’espionnage de la population élaborés sur la base des progrès technologiques actuels.

Face à ces évolutions possibles, Richard Thomas plaide pour un débat public pour déterminer "ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas". "Je tiens absolument à entamer un débat sur les limites à placer" pour cette surveillance, déclare-t-il, en se défendant de dresser un "portrait orwellien" de la Grande-Bretagne.


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