lundi 18 décembre 2017

Accueil du site > Défense > International > Russie : un ex-patron des services secrets liquidé en pleine (...)

Russie : un ex-patron des services secrets liquidé en pleine rue

Alexandre Cedre , le Figaro

mardi 12 avril 2005, sélectionné par Spyworld

logo

Le meurtre rappelle les scènes noires des années 90 à Moscou, lorsque les tueurs à gages faisaient partie du quotidien de la Russie postcommuniste. Dimanche, peu avant 20 heures, un homme masqué a assassiné en pleine rue Anatoli Trofimov, 65 ans. Ce général à la retraite, ancien haut responsable du service de renseignement (FSB), venait de garer sa voiture, une Jeep noire, devant son domicile, lorsque des tirs à l’arme automatique l’ont visé. Atteint à la tête et à la poitrine, il est mort sur le coup. Touchée à la tête, sa jeune épouse, Tatiana, 28 ans, qui se trouvait à ses côtés dans le véhicule, est décédée quelques heures plus tard à l’hôpital. Seule leur fille, âgée de 4 ans, a été épargnée par les tirs.

Hier soir, sans qu’aucune arrestation n’ait encore eu lieu, la police envisageait deux pistes : une affaire politique ou un règlement de comptes. Depuis son départ des services secrets, Anatoli Trofimov s’était lancé dans le « business », sans doute dans le secteur lucratif et en pleine expansion de la sécurité rapprochée. Un domaine à risque... Les enquêteurs ont reconnu hier qu’ils ignoraient la nature de ses activités commerciales, tout en expliquant qu’elles pouvaient être la cause du meurtre.

Ancien directeur adjoint du FSB (l’ex-KGB) sous la présidence de Boris Eltsine, Trofimov avait été remercié en 1997. Sa démission fut alors justifiée pour « violations et erreurs grossières dans l’exercice de son travail » : il avait été accusé d’avoir des liens avec des criminels et des hommes d’affaire mafieux. A la tête des bureaux du FSB de Moscou, Anatoli Trofimov savait beaucoup de choses sur beaucoup de monde. C’est peut-être là la vraie raison de sa démission et de son assassinat. Il pourrait avoir payé pour les nombreux secrets qu’il connaissait sur de sombres affaires politiques, passées ou présentes.

A moins qu’une autre piste encore se présente. D’anciens collègues ont rappelé que Trofimov avait émis des critiques contre la première guerre en Tchétchénie, entamée en 1994, et qu’il se serait opposé à la nomination de Vladimir Poutine, à la fin des années 90, à la direction du FSB, un poste que l’ancien espion a occupé peu avant d’être promu chef du gouvernement par Boris Eltsine puis de devenir président. « Je ne pense pas que le général Trofimov ait été assassiné à cause de ses activités commerciales. Aucun homme d’affaires russe ne s’aventurerait dans la Russie d’aujourd’hui à tuer un général du KGB », a expliqué, sur les ondes de la radio moscovite Echo, Alexandre Litvinenko, un ancien espion en exil politique au Royaume-Uni.

Les règlements de comptes politico-économiques, devenus courants lorsqu’un capitalisme sauvage a succédé à l’économie planifiée communiste, ont certes depuis diminué en nombre. Mais ils restent une réalité dans le monde des affaires. L’été dernier, c’est un célèbre journaliste, Paul Klebnikov, rédacteur en chef de la version russe de Forbes, qui a été assassiné, lui aussi en pleine rue. Même si les enquêteurs ont lié ce meurtre à un groupe criminel tchétchène, la lumière n’a pas été faite. Le mois dernier, la voiture blindée d’Anatoli Tchoubaïs, le patron de la compagnie publique d’électricité et l’un des leaders de la mouvance libérale, a été attaquée par plusieurs hommes à l’arme automatique et à l’explosif. Tchoubaïs n’a pas été touché. Depuis, l’enquête a conduit à l’arrestation d’un colonel à la retraite mais n’a pas révélé les motifs derrière cette tentative.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :