mardi 12 décembre 2017

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Robert Gates devra gérer la guerre

Jean-Louis Turlin, le Figaro

vendredi 10 novembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Le nouveau patron du Pentagone est un réaliste dans la tradition de Bush père.

GEORGE W. Bush écoute enfin son père. C’est à l’ancien chef de la diplomatie américaine sous « Bush I », James Baker, qu’il a fait appel pour diriger un groupe de réflexion sur l’Irak. Et c’est au sein de ce groupe qu’il est allé chercher Robert M. Gates pour succéder au très controversé ministre de la Défense, Ronald Rumsfeld. Son choix incarne une volonté de changement.

Connu pour son pragmatisme, sa recherche du consensus et sa prudence typique d’ancien directeur de la CIA qu’il fut, Gates est perçu comme « l’antithèse » de Rumsfeld, selon l’expression du New York Times. Le style cassant, l’autoritarisme et l’aveuglement idéologique de Rumsfeld ne sont pas étrangers, estiment beaucoup, à l’ampleur de la défaite républicaine de mardi. Plus jeune (il a 63 ans et son prédécesseur 74), Gates est sorti du même moule de la guerre froide (il a écrit sa thèse de doctorat sur l’Union soviétique et la Chine), mais il est resté proche des républicains modérés et éclairés de l’entourage de Bush I.

Le père du président avait nommé ce spécialiste du renseignement, qui avait déjà servi sous Nixon, Ford et Carter, comme adjoint de Bent Scowcroft, son conseiller à la Sécurité nationale à l’époque de la première guerre du Golfe. Robert Gates eut alors l’occasion de travailler avec Condoleezza Rice, la secrétaire d’État qui fit ses premières armes dans le cabinet de George H. Bush. Mais en privé, il s’est volontiers montré critique de la conduite des opérations en Irak, une aventure dont son ancien patron, Scowcroft, avait en vain tenté de dissuader « W » en 2003.

Mais c’est sur l’Iran que ses vues tranchent avec la ligne de la Maison-Blanche : coauteur, avec Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale sous Jimmy Carter, d’une étude intitulée « À l’heure d’une nouvelle approche », Robert Gates y plaide pour une plus grande interaction avec les Iraniens et un dialogue direct avec Téhéran. Sa nomination, pour Brzezinski, pourrait signifier « un changement majeur de la politique américaine à l’égard du Moyen-Orient ».

Capacité d’écoute

L’ardeur au travail, la capacité d’écoute et les capacités analytiques de ce fils d’un vendeur de pièces détachées pour automobiles, originaire du Kansas, devraient contribuer à « faire tomber les barrières entre les dirigeants civils et militaires », estime le Washington Post. Le nouveau Sénat, vraisemblablement à majorité démocrate, devrait confirmer le nouveau secrétaire à la Défense, mais deux expériences passées justifient la prudence légendaire de Robert Gates.

Choisi par Ronald Reagan pour diriger la CIA en 1987, il avait subi un véritable barrage de la part des sénateurs inquiets de son rôle dans le scandale Iran-Contra (la vente secrète d’armes iraniennes aux antisandinistes nicaraguayens), et retiré sa candidature. En 1991, il alla jusqu’au bout de sa confirmation à la tête de l’agence de renseignement, mais non sans être durement questionné sur ses informations « orientées » au service de la politique de Ronald Reagan à l’égard de « l’Empire du mal » soviétique. Certains sénateurs y voient la marque d’un serviteur trop zélé.

Président d’une grande université texane, Gates avait donc de bonnes raisons d’hésiter à retourner à Washington. Il y a deux ans, il avait d’ailleurs refusé d’être le premier chef du nouveau service national du renseignement.


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