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L’Europe de la défense s’essouffle, faute de capacités et de financement

Laurent Zecchini, le Monde

lundi 13 novembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Quel sera l’impact en Europe de la nouvelle politique du Pentagone et des priorités transatlantiques du Congrès démocrate ? Cette question sera présente à l’esprit des vingt-cinq ministres européens des affaires étrangères et de la défense, réunis, lundi 13 novembre, à Bruxelles. Même s’il faudra attendre le prochain sommet de l’OTAN - à Riga (Lettonie), les 28 et 29 novembre -, pour obtenir une réponse, les Européens se doutent qu’ils seront davantage mis à contribution pour des opérations militaires si les Etats-Unis s’écartent de la vision des "coalitions de volontaires", privilégiée par Donald Rumsfeld, au profit d’un recours accru à l’organisation militaire transatlantique.

Une telle évolution risque de prendre de court les Européens, déjà fortement sollicités pour des opérations extérieures, en particulier en Afghanistan, en Bosnie et au Liban. Parallèlement, on assiste à des reclassements politiques au sein de l’Union européenne (UE). Après avoir été, avec la France, un des moteurs de la relance de l’Europe de la défense, les Britanniques font preuve d’une nouvelle frilosité. L’Allemagne et la Pologne affirment au contraire leur ambition de participer activement à la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).

L’Europe de la défense est le seul secteur communautaire qui n’a pas subi un coup d’arrêt lors du rejet du référendum constitutionnel, même si son rythme tend à s’essouffler faute de volonté politique commune pour lancer de nouveaux projets. Lundi, les Vingt-Cinq vont confirmer que les "groupements tactiques 1500" (GT 1500, battlegroups, en anglais) seront opérationnels le 1er janvier 2007, à raison de deux par semestre.

Ces unités - une quinzaine ont été annoncées - constituent de facto le fer de lance de la défense européenne, c’est-à-dire sa "force de réaction rapide". Elles sont la traduction concrète - mais plus réaliste de l’"objectif global" de 60 000 soldats, arrêté à Helsinki (Finlande) en 2001.

Les capitales européennes n’ont pas pris au sérieux la proposition faite, récemment, par le président polonais Lech Kaczynski de former une "armée européenne" de 100 000 hommes rattachée à l’OTAN. D’abord, parce que ce concept constitue un chiffon rouge pour les Britanniques, sans lesquels une défense européenne sera, au mieux, bancale. Ensuite, parce que le niveau d’intégration politique au sein de l’UE rend une telle avancée irréaliste. Concrètement, la proposition polonaise pourrait en outre être assez proche des arrangements existants, puisque l’Europe de la défense peut aujourd’hui opérer en coopération avec l’OTAN, dans le cadre du mécanisme "Berlin plus".

DOUZAINE DE MISSIONS

Varsovie, tout comme Berlin, confirme cependant une volonté de s’impliquer dans la défense européenne, comme en atteste sa présence au sein de la mission Eufor au Congo, et ses propositions ambitieuses dans le cadre de l’Agence européenne de défense. Si les ministres européens ne parviennent pas à se mettre d’accord sur l’adoption d’un budget trisannuel pour l’Agence - avec un montant de crédits opérationnels qui passerait de 15 à 22 millions d’euros -, ce sera en raison des réticences du Royaume-Uni.

Fortement engagés en Irak et en Afghanistan, les Britanniques cherchent, d’autre part, à réduire leur participation dans diverses opérations, en particulier en Bosnie. L’Allemagne, elle-même très présente en Afghanistan et au Liban, veut faire de même, tout en retirant ses troupes du Congo, à la fin du mois.

Les Vingt-Cinq sont d’accord pour réduire progressivement, mais fortement (de 6 500 à environ 2 500 hommes), leur contingent en Bosnie, tout en gardant des réserves dans la région, notamment au Kosovo. L’UE ne conduit actuellement des opérations militaires que dans deux pays (Bosnie, Congo), mais les soldats européens représentent l’essentiel des effectifs militaires au Liban et en Afghanistan.

La présence de l’UE est forte dans les opérations de police et d’assistance à la sécurité. Les Vingt-Cinq devraient lancer, en 2007, une mission d’environ 1 000 policiers au Kosovo, et ils pourraient accepter une nouvelle mission de formation de la police afghane. L’UE doit reconduire sa double mission dans les territoires palestiniens (contrôle du point de passage de Rafah, et formation de la police palestinienne).

Au total, l’Union poursuit une douzaine de missions de maintien ou de consolidation de la paix sur différents continents. Les forces armées européennes ne sont donc pas en manque de conflits pour conforter l’existence de la défense européenne. Celle-ci commence cependant à toucher des limites à la fois capacitaires, budgétaires et politiques.


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