dimanche 22 octobre 2017

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La grande peur des fonds d’investissement

B. B., le Figaro

mardi 14 novembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Les professionnels du capital-investissement, auteurs d’acquisitions toujours plus grandes, sont en butte à des attaques de plus en plus fréquentes.

LE capital-investissement est aujourd’hui dans la ligne de mire des autorités, un peu partout dans le monde. Levant des sommes de plus en plus considérables, la profession a en effet acquis une visibi­lité dont elle se passerait bien. Aux États-Unis, c’est la justice améri­caine qui s’intéresse aux pratiques de ces investisseurs, soupçonnant les ténors d’entente sur certains dossiers. Des investigations sont en cours. Et avec la victoire démocrate au Congrès, la profession s’inquiète du risque de voir de nouvelles réglementations s’imposer à elle.

À Londres, c’est la très respectée FSA, l’autorité de surveillance du secteur financier, qui s’inquiète de la prudence, ou peut-être de l’imprudence, avec laquelle les banques financent ces clients devenus majeurs. En France, la Banque de France a aussi discrètement soulevé le sujet. Et des représentants du secteur ont récemment rencontré ceux de l’Autorité des marchés financiers afin de réfléchir à mieux contrer les effets pervers de la spéculation ambiante. Car, à voir les fonds partout, la Bourse s’emballe régulièrement pour telle ou telle entreprise cotée.

Réputés discrets - la plupart ne sont pas cotés en Bourse -, les fonds d’investissement se passeraient bien de cette nouvelle notoriété. D’autant qu’ils ont souvent déjà mauvaise presse. Leur métier, c’est d’acheter des entreprises, en se finançant largement par de la dette, dans le but de les revendre à un horizon de trois à cinq ans. Cela leur vaut parfois d’être qualifiés de « dépeceurs » d’entreprises, ou de financiers sans foi ni loi. Sur la base du postulat que pour rembourser les frais financiers générés par l’endettement utilisé pour racheter des sociétés, ils pressurisent celles-ci. En France, certains syndicalistes ont monté un « collectif anti-LBO » (le LBO, ou leverage buy out, est la technique utilisée par ces investisseurs). Car le private equity est souvent réputé destructeur d’emplois.

Faux, répond la profession. Lors d’un colloque, le fondateur du groupe américain Texas Pacific, David Bonderman, s’est récemment exaspéré de cette « diabolisation » en citant le cas allemand où selon lui, ce sont les géants industriels Volkswagen, Siemens ou Deutsche Bank qui ont procédé à 100 000 licenciements.

Si le débat prend aujourd’hui une nouvelle ampleur, c’est que jamais le capital-investissement n’a été aussi visible. Forts de rentabi­lités qui s’installent autour de 20 %, les fonds ont levé plus de 260 milliards de dollars l’an dernier, moitié plus qu’en 2004, et les ténors du secteur franchissent désormais la barre de la dizaine de milliards pour chaque nouveau fonds qu’ils lancent.

Des cibles emblématiques

Ces nouveaux moyens permettent au private equity d’atteindre des cibles de plus en plus grosses, mais aussi plus connues. Pis, certains fonds, même si cela reste l’exception, n’écartent pas l’idée d’offres hostiles. Le groupe Permira se réserve ainsi cette possibilité dans les statuts du fonds qu’il vient de lever.

Résultat : certains chefs d’entreprise les craignent. La profession a approché des fleurons, ou est soupçonnée de l’avoir fait. Ainsi l’américain KKR s’est-il récemment intéressé à Vivendi. Au même moment, Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d’Axa et figure de la place de Paris, a fustigé des opérations « insensées ». Selon lui, un LBO sur Vivendi serait « une plaisanterie ». « Son intervention signifie : ne jouez pas aux billes avec les sociétés du CAC 40. C’est tout sauf un raisonnement économique », s’amuse un banquier qui conseille régulièrement les fonds d’investissement.

Mais Claude Bébéar, en mettant en garde contre certaines folies, relaie aussi un souci tout à fait économique : le capital-investissement n’est-il pas en train de produire une nouvelle bulle ? Certaines sociétés font en effet l’objet de rachats en série, passant successivement entre les mains de deux, trois ou quatre fonds. Leur valeur s’élève à chaque tour, le tout financé à des conditions toujours plus avantageuses par les banques. Le cycle se retournera forcément. Reste à savoir s’il s’agira d’un crash ou d’un atterrissage en douceur.


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