jeudi 14 décembre 2017

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Piratage : le verdict qui fâche

Emmanuel Torregano, lefigaro.fr

mercredi 25 août 2004, sélectionné par Spyworld

Ce n’est assurément pas une bonne nouvelle. Pour la deuxième fois la justice américaine a refusé de condamner la technologie « peer to peer » (P2P), permettant le partage de fichiers musicaux ou vidéo entre ordinateurs. Un nouveau coup dur pour les maisons de disques mais aussi pour toute l’industrie du cinéma qui accusent les plateformes du type Morpheus, Grokster, Edonkey ou Kazaa, d’être directement responsables du piratage des œuvres sur Internet. Selon la Cour fédérale, il n’est pas possible de condamner le P2P car il existe aussi des usages légaux de cette technologie, notamment dans le domaine scientifique. Une trentaine de labels musicaux et studios de cinéma comme Disney ou Universal avaient intenté en 2001 un procès aux patrons de Morpheus et Grokster, leur reprochant de « faciliter intentionnellement le piratage massif ».

Cette décision n’est toutefois qu’une demi-surprise. Elle conforte paradoxalement la stratégie mise en place par les maisons de disques, aux Etats-Unis comme en France, qui consiste à attaquer directement les internautes coupables de se livrer au téléchargement de fichiers dont ils ne possèdent pas les droits. Une politique répressive qui défraie la chronique depuis plusieurs mois et dont l’efficacité in fine est encore sujette à caution. Si l’on peut en effet estimer plausible la relation entre la baisse des ventes de CD et l’extension des offres P2P, il semble moins évident de lier la multiplication des procès faits aux internautes à la reprise des ventes constatée aux Etats-Unis pour cette année. D’autant que la baisse du trafic sur les réseaux P2P n’a jamais réellement été mesurée. Les instituts de mesures sont loin de s’entendre sur le phénomène. Enfin le dynamisme de la production sur le marché américain a aussi pesé lourd dans la relance des ventes de CD.

Un sérieux doute persiste quant à l’efficacité des plaintes visant les internautes. Les plus radicaux des industriels du divertissement se tournent vers une solution plus radicale : l’interdiction pure et simple du P2P. L’objectif est manqué, une nouvelle fois.

La France a innové en la matière avec la signature en juillet d’une charte commune entre les ayants droit et les fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Une initiative majeure pour les majors du disque qui ont enfin été entendues dans leur combat pour responsabiliser les FAI. Grâce à ce texte, les ayants droit vont pouvoir avertir les internautes qui téléchargent les fichiers illégaux avant d’intenter une action en justice. Un coup de semonce qui devrait permettre de faire revenir la plupart des internautes dans le droit chemin sans en passer par les tribunaux. De leurs côtés les professionnels du disque se sont engagés en faveur d’un développement des offres légales, en proposant rapidement un maximum d’œuvres numérisées.

Là encore l’industrie avance en plein brouillard. La profusion des chansons disponibles sur les réseaux P2P semble indépassable pour les offres légales. Ainsi iTunes malgré son million de références en magasin est très loin du compte face à Morpheus ou Kazaa. Et si iTunes peut faire valoir la qualité des fichiers et la garantie de service, c’est bien pour masquer le peu de choix offert aux internautes. Le chemin reste long donc avant de voir le piratage des œuvres descendre à un niveau acceptable pour les industriels de la culture comme pour les artistes.

Le prochain grand rendez-vous devrait avoir lieu à la rentrée lorsqu’il s’agira de voter la loi sur les droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information. Un texte fondamental qui sera l’occasion pour l’Adami et quelques députés de prendre le problème à l’envers en demandant la légalisation du P2P, via l’instauration d’un mécanisme de licence légale comme il existe déjà en radio. De quoi fait monter d’un cran la tension autour d’un dossier déjà très passionnel.


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