mercredi 13 décembre 2017

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Le lifting des services secrets américains

RIA Novosti

vendredi 15 avril 2005, sélectionné par Spyworld

MOSCOU, 15 avril. (Par Guennadi Evstafiev, général du FSB à la retraite, RIA Novosti). Le 31 mars, la commission présidentielle américaine a présenté un rapport de 600 pages relatant comment les 15 agences de renseignement des Etats-Unis, au budget annuel de 40 milliards de dollars, avaient fourni des informations erronées sur la présence d’armes de destruction massive (ADM) en Irak. Comme toujours, les membres de cette vénérable commission ont décelé d’innombrables bévues commises par les principaux responsables du renseignement américain et pas moins de lacunes dans la coopération des diverses structures constituant cet immense conglomérat de professionnels et de moyens technologiques ultramodernes.

Bien sûr, beaucoup de choses peuvent être améliorées, comme la structure et le personnel. Le budget peut aussi être étoffé et on envisage même la création d’un Département autonome du renseignement (HUMAN INTELLIGENCE DIRECTORATE), etc. Ces mesures donneront certainement des résultats. Cependant, à nos yeux le problème réside ailleurs.

Dans son livre "Après l’empire, essai sur la décomposition du système américain", le politologue français Emmanuel Todd écrit : "Une trajectoire stratégique erratique et agressive, bref la démarche d’ivrogne de la "superpuissance solitaire" ne peut être expliquée de façon satisfaisante que par la mise à nu de contradictions non résolues ou insolubles, et des sentiments d’insuffisance et de peur qui en découlent". Seulement attendre pareille chose de la commission susmentionnée équivaudrait à attendre la manne céleste. Les services de renseignement existent pour satisfaire aux demandes des élites au pouvoir avec leurs moyens "spécifiques".

La Maison-Blanche veut que Saddam Hussein soit en possession de nombreuses ADM, le renseignement américain démontra à coup sûr l’existence de ces dernières. Comme ils ne peuvent pas tout faire eux mêmes, Tony Blair demande à John Scarlett de préparer un rapport ad hoc sur l’Irak à faire dresser les cheveux sur la tête. (Après avoir pondu ce "chef-d’oeuvre" ce dernier sera promu à la tête du Secret Intelligence Service (SIS) britannique. L’essentiel est de déclencher la bagarre, après on ne juge pas les vainqueurs.

Mais maintenant on commence à prendre conscience du processus consistant à faire passer des informations peu vérifiées et pas toujours convaincantes pour des faits sûrs et des tendances stables. Souvent c’est visible à l’oeil nu, mais on sait depuis longtemps que la maladie la plus fréquente chez les grands de ce monde est la myopie. Elle aide beaucoup à prendre des décisions cruciales. Cela étant, il devient inévitable d’adapter à ses objectifs des institutions internationales, comme par exemple l’UNSCOM en Irak avec pour aboutissement logique l’expulsion du pays des inspecteurs internationaux.

Ainsi que Ronald Reagan le disait, il serait difficile de trouver meilleur exemple "de se tirer dans les pattes" car l’UNSCOM susmentionnée était truffée d’agents secrets américains. Toutefois, leur mission consistait davantage à baliser des cibles en vue de l’invasion américaine qu’à rechercher des ADM en Irak dans l’intérêt de la communauté internationale. La plupart d’entre eux étaient en mission commandée financée par des fonds américains. Et de l’argent, il y en avait beaucoup.

Voici un autre procédé auquel on recourt fréquemment : la préparation d’un transfuge, par exemple l’homme que l’on désignait sous le nom de code "Curveball", qui avait "révélé" les grands secrets de Saddam et "confirmé les suppositions que le Pentagone réclamait instamment. Donald Rumsfeld avait alors demandé au général Tommy Franks de prendre ses suppositions comme assise pour le plan de l’opération irakienne.

Chose intéressante, finalement il y avait eu fiasco et il avait fallu imaginer quelque chose de plus proche de la réalité pour justifier l’agression contre l’Etat souverain.

Dans l’ensemble on n’a pas l’impression que le rapport présidentiel débouchera sur des changements substantiels dans l’activité du renseignement américain. Le but poursuivi ici était de faire baisser la pression et de procéder à un léger toilettage superficiel.


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