mardi 17 octobre 2017

Accueil du site > Terrorisme > International > "Sous prétexte de lutte antiterroriste, les atteintes aux défenseurs des (...)

"Sous prétexte de lutte antiterroriste, les atteintes aux défenseurs des droits de l’homme se multiplient"

Le Monde

samedi 16 avril 2005, sélectionné par Spyworld

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMTC), publie son rapport annuel. Qu’est-ce qui caractérise l’année 2004 par rapport aux années précédentes ?

On note surtout la confirmation du tournant apparu après le 11 septembre 2001. Les Etats ont fait voter des lois sous prétexte de lutte contre le terrorisme, et ces lois ont amené beaucoup d’entre eux à relativiser, voire à nier les droits de l’homme. Les droits fondamentaux sont bafoués non seulement par les pays désignés comme non démocratiques, autoritaires ou théocratiques, mais par des régimes qui placent la liberté et la démocratie au fronton de leur Constitution. C’est ainsi que la justice, en Grande-Bretagne, estime, depuis août 2004, que les preuves obtenues sous la torture sont recevables. Aux Etats-Unis, Alberto Gonzales, ancien conseiller du président Bush, a tout simplement affirmé que la guerre contre le terrorisme était un "nouveau type de guerre" et que, par conséquent, la convention de Genève pouvait passer aux oubliettes. En 2004, le nombre d’atteintes aux défenseurs des droits de l’homme a presque doublé par rapport à 2003.

Quels sont les pays ou régions qui profitent le plus de la situation ?

Incontestablement, tout le monde en profite, les pays occidentaux comme les autres. Des pays comme le Népal ou la Colombie assimilent même les défenseurs des droits de l’homme à des terroristes. Mais si on doit établir un classement, la palme revient incontestablement à l’Amérique centrale et du Sud : l’Argentine, le Brésil, l’Equateur, le Guatemala, etc. La région des Amériques est réellement le continent le plus dangereux pour les défenseurs des droits de l’homme. Ces derniers y sont assassinés ou menacés de mort en nombre largement plus élevé qu’ailleurs. Suivent ensuite l’Asie, l’Afrique et l’Europe, en particulier l’Europe de l’Est.

L’Irak constitue le grand absent de ce rapport...

En effet, mais l’explication est simple : quand un pays est en conflit, il fonctionne un peu comme un champ clos. L’Irak se retrouve dans une situation complètement fermée, paroxystique, où il est impossible de se documenter et de travailler sur le terrain. Or ce sont les militants des droits de l’homme ou les ONG qui nous aident à élaborer notre rapport. Leur silence ou leur absence est paradoxalement la preuve de nombreuses atteintes aux droits de l’homme dans ce pays. La guerre favorise les obstacles et les exactions. Pour s’en convaincre, il suffit d’évoquer l’assassinat -en novembre 2004- de Margaret Hassan -Anglo-Irakienne, directrice de Care International à Bagdad-, ou l’enlèvement de la journaliste Florence Aubenas.

Comment réagissent les institutions internationales, Nations unies et Union européenne en particulier ?

Malheureusement, et c’est le plus effrayant, certains Etats tortionnaires font partie de la Commission des droits de l’homme de Genève. Cette commission, pour moi, constitue un scandale. Au- delà de cette remarque, on s’aperçoit que des stratégies ont été mises en place par ces Etats pour contrôler la société civile indépendante au niveau national ­ ce qui n’est pas une nouveauté ­ mais surtout pour bénéficier d’une forme de prolongement dans les instances internationales ou régionales. Quant à l’Union européenne, elle fait preuve d’une véritable complaisance sinon de l’institution, du moins des Etats...

Des instances nouvelles comme la Cour pénale internationale (CPI) permettent-elles de freiner un peu cette dégradation de la situation ?

La CPI constitue certainement l’élément le plus positif en regard de ce tournant inquiétant. Elle est une lutte contre l’impunité, ce qui est très important pour les défenseurs des droits de l’homme, mais ses avancées historiques sont freinées par les intimidations des Etats à l’encontre de tous ceux qui portent plainte. Les disparus du "Beach" -350 réfugiés congolais disparus en 1999, après leur retour au Congo-Brazzaville- ou la milice de Relizane en Algérie -milice armée épaulant l’armée pendant la décennie 1990- sont là pour le prouver. Tous les défenseurs sont menacés, qu’ils s’investissent dans la lutte sociale, politique ou économique. Beaucoup sont en danger, voire assassinés, parce qu’ils représentent un obstacle à certains intérêts économiques, en Thaïlande par exemple. Propos recueillis par Florence Beaugé et Thomas Lepresle


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :