mercredi 13 décembre 2017

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Les services secrets divisés

Maxwell N. Medah, Linter-ci.com

lundi 20 novembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Le directeur de L’ANSI et son N°2 à couteaux tirés ; L’agence infiltrée

C’est par le décret n° 2005-165 du 29 avril 2005 portant création et organisation d’un organe spécial dénommé “ Agence nationale de stratégie et de l’intelligence ” que le numéro 1 ivoirien, Laurent Gbagbo a donné corps à ce nouveau service de renseignement. Cette agence de renseignement, qui se veut la version ivoirienne de la célèbre CIA américaine, a été créée sur les cendres de la défunte DGSI, alors dirigée par un proche de Laurent Gbagbo, Me Jacques Daligou, un avocat de formation, actuel conseiller juridique du chef de l’Etat ivoirien. Deux généraux à la retraite, Jean Pierre Lorougnon, ex-patron d’Interpol Afrique et l’ex-directeur général de la police nationale sous le régime Bédié, ont été rappelés par le président Gbagbo pour en prendre les commandes. Ils sont respectivement nommés directeur général par intérim et directeur général adjoint de l’Ansi dont la mission est de coordonner, rechercher et d’exploiter au profit du président de la République de Côte d’Ivoire et en collaboration avec les organismes concernés ou de même nature ; les renseignements intéressant la sécurité de la Côte d’Ivoire. L’Ansi est également chargée, selon le décret n° 2005-165 du 29 avril 2005, de détecter et d’entraver à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national, les activités de terrorisme, de subversion, de criminalité et d’espionnage dirigées contre les intérêts ivoiriens. Dans l’entourage immédiat du chef de l’Etat ivoirien, notamment dans les cercles des “ sécurocrates ” du palais (Lida Kouassi Moïse et Bertin Kadet en particulier), la création de l’Ansi est favorablement accueillie. Lida Kouassi et Bertin Kadet qui ont œuvré pour voir naître l’Ansi ont placé beaucoup d’espoirs en la nouvelle agence, surtout que l’ex-Dgsi de l’ère Daligou est ouvertement accusée de n’avoir pas vu venir l’insurrection armée du 19 septembre 2002, conduite, à peine par une quarantaine d’ex-déserteurs des Fanci. L’Ansi va donc disposer de moyens logistiques et financiers importants. Bien que ne possedant pas officiellement de budget, “ les grandes oreilles ” ivoiriennes vont fonctionner par appel de fonds grâce à la bienveillance de l’argentier d’alors, Paul Antoine Bohoun Bouabré, l’ex-ministre de l’Economie et des Finances. 150 000 000 de Fcfa (Cent cinquante millions de Fcfa) sont, jusqu’à une date récente, mensuellement dégagés à son profit pour ses charges de fonctionnement. L’Ansi, après avoir subi une restructuration, décidée par sa nouvelle direction générale, restructuration dont l’objectif est d’assurer une meilleure efficacité de son action sur le terrain, s’attelle à la tâche et affiche durant les douze premiers mois de son existence, des résultats assez flatteurs, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Côte d’Ivoire. Ce, malgré une campagne de déstabilisation orchestrée contre elle par quelques pontes du régime Fpi. A en croire nos sources, le président Gbagbo a été contraint de monter personnellement en première ligne pour faire cesser la tentative de déstabilisation dont les ficelles sont tirées par un de ses proches conseillers, depuis le palais. Les choses en resteront là, jusqu’à ce qu’éclate la présente crise, cette fois-ci au sein de l’équipe dirigeante en place. Selon nos sources d’informations, l’Ansi est aujourd’hui prise dans l’étau d’un conflit de leadership et d’intérêts. Pour dire prosaïquement les choses, le courant ne passe plus entre le patron de l’Ansi, le général Jean Pierre Lorougnon et son adjoint, le général de police, Ernest Atto Nangui. Un soupçon d’accointance avec “ l’ennemi ”, notamment la rébellion des Forces nouvelles de Soro Guillaume qui contrôle près de 60 % du territoire national, pèse sur l’ex-directeur général de la police. Cette situation est à l’origine du coup de froid entre les deux officiers généraux. Le patron de l’Ansi aurait réuni suffisamment de preuves contre son adjoint. Un volumineux dossier sur cette collusion est même sur le point d’être transmis (si ce n’est déjà fait) au numéro 1 ivoirien, Laurent Gbagbo, par les soins du directeur général de l’Agence de renseignement. Nous ne savons pas encore si Atto Nangui a été déjà entendu par le président Laurent Gbagbo sur les accusations portées contre lui, mais une chose est certaine, des mesures conservatoires ont été prises par le patron de l’Ansi, en attendant la décision qu’arrêtera le chef de l’Etat. Ainsi, selon nos sources, des dispositions ont été désormais prises pour réduire au maximum les fuites incessantes des informations confidentielles dans la presse locale. Mieux, en conseils de renseignement, sortes de conférences qui se tiennent chaque jour dans les bureaux de l’Ansi, sis à l’immeuble de l’ex-EECI au Plateau, toutes les informations ultra-secrètes ne sont plus systématiquement traitées en présence de tous. Après les séances publiques réduites aux formalités d’usage, seuls quelques officiels du renseignement, ayant montré pattes blanches, sont désormais autorisés à traiter ces informations sensibles. Et cela, dans le saint des saints, à l’abri d’oreilles jugées indiscrètes à l’Ansi. Si pour l’heure, le directeur général adjoint de l’Ansi est encore à son poste, ce n’est pas le cas de bon nombre de ses proches, notamment du patron du renseignement intérieur, le Col. Adou, limogé depuis quelques mois, officiellement pour son implication dans une affaire de drogue saisie par son unité et qui a miraculeusement disparu. Lorougnon, selon son entourage, a décidé d’une grande lessive au sein de l’Ansi. Celle-ci a déjà emporté plus d’une quarantaine d’agents sur un effectif de près de 146 agents que comptait l’ex-Dgsi. De bonnes sources, l’Ansi est aujourd’hui un peu à l’image de l’Armée ivoirienne. Elle est traversée et secouée par le bicéphalisme de fait qui prévaut au sommet de l’Etat. Là aussi, la guerre pour le contrôle de l’appareil de renseignement de l’Etat a sans aucun doute démarré sans tambour ni trompette.


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