lundi 23 octobre 2017

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L’étrange suicide de M. Doïchev, directeur des archives des services secrets bulgares

Anne Rodier, le Monde

jeudi 23 novembre 2006, sélectionné par Spynews

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Le suicide du directeur des archives des services secrets bulgares, Bojidar Doïchev, en plein débat sur l’ouverture des dossiers concernant la période communiste, a jeté le trouble à Sofia. Le président du groupe parlementaire de la coalition gouvernementale, Mihaïl Mikov, a cependant déclaré au Monde, mercredi 22 novembre, que le projet de loi sur les modalités d’ouverture des dossiers, qui seront transmis à une commission indépendante, serait comme prévu soumis au vote au Parlement, dans une dizaine de jours.

La mort de Doïchev, si proche de ce vote, soulève de "sérieux soupçons", a réagi l’ex-directeur du Service national du renseignement (NSI), Atanas Atanasov, député de l’opposition conservatrice. "Même s’il s’agit d’un suicide, il a été provoqué par des pressions", a-t-il ajouté, confortant des propos de Serafin Stoïkov, rapportés mardi par le Herald Tribune : "Je pense qu’il a subi des pressions pour détruire des dossiers compromettants, et comprenant qu’il ne pourrait pas y résister, il a décidé de mettre fin à ses jours", a déclaré ce haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur, qui connaissait Bojidar Doïchev depuis 1997.

UNE BALLE DANS LA TÊTE

De son côté, l’actuel directeur du NSI, Kirtcho Kirov, a tenu à préciser que "le décès de Bojidar Doïchev n’a rien à voir avec le projet de loi sur les archives des ex-services secrets".

Directeur des archives des services secrets, Bojidar Doïchev, 61 ans, a été retrouvé mort d’une balle dans la tête, mercredi 15 novembre vers 18 h 30, dans son bureau du NSI, après que des membres de sa famille se sont inquiétés de son retard. Mais c’est vendredi seulement que les autorités bulgares ont fait part de son suicide "probablement pour raisons personnelles", ont-ils indiqué.

"Nous n’avons pas l’habitude d’annoncer qu’une enquête est ouverte", a déclaré Spas Iliev, du parquet militaire, en charge des investigations, pour justifier ce délai. "Ce silence traduit à tout le moins un manque de coordination entre instances gouvernementales, sinon une certaine gêne des pouvoirs publics", commente Nadège Ragaru, chercheuse au CNRS.

Le premier ministre, Sergueï Stanichev, a exclu toute dissimulation délibérée de l’information, qui avait pourtant été diffusée, la veille, sur un site Internet basé à Londres.

"Les Bulgares ont appris la nouvelle par les médias occidentaux, a aussitôt déploré Vesselin Metodiev, membre de l’opposition conservatrice. L’information a été gardée secrète comme à l’époque communiste", a-t-il accusé. Son parti, les Démocrates pour une Bulgarie forte (DSB), qui a fait de "la question des archives" l’un de ses fonds de commerce, réclame l’accès libre de tous les citoyens aux dossiers des ex-services secrets. Ce à quoi s’opposent les socialistes au pouvoir qui préféreraient un accès sélectif ou sous contrôle.

M. Stanichev exclut l’hypothèse d’un grand déballage sur la place publique, soulignant qu’il faut garantir à la fois les droits des citoyens et la sécurité nationale. "L’ouverture des dossiers pourrait nuire à la capacité d’agents qui sont toujours en service", explique Mme Ragaru.

En outre, une bonne partie des dossiers - 46 % des dossiers des collaborateurs et 31 % de ceux concernant les personnes surveillées - ont été détruits en 1990 après la chute du dictateur Todor Jivkov. Et depuis, ceux qui restent ont eu amplement le temps d’être "retravaillés", partiellement détruits, déplacés ou requalifiés.

Ces dossiers, qui concernent une partie des hommes politiques et du milieu des affaires, pourraient notamment apporter de nouveaux éclairages sur la tentative d’assassinat du pape Jean Paul II en 1981 et le meurtre de Georgi Markov à Londres en 1978, d’un coup de "parapluie bulgare".


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