mercredi 13 décembre 2017

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L’Europe sur écoute

Christophe Beaudouin, Observatoiredeleurope.com

mercredi 29 novembre 2006, sélectionné par Spynews

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L’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine racontait souvent qu’en arrivant à la table du Conseil des ministres de l’Union européenne à Bruxelles, la plaisanterie à la mode consistait, avant de s’asseoir, à inspecter brièvement du regard le dessous de la table du conseil. Il faut dire que le célèbre réseau américain d’écoutes à grande échelle "Echelon", avait probablement servi, selon plusieurs rapports, à espionner diplomates et ministres européens lors de la préparation de négociations à l’OMC en 1994 et à faire échouer certaines négociations (vente d’Airbus). Or, il se trouve qu’un problème technique relativement anodin a permis de découvrir en février dernier que « des dispositifs électroniques d’écoutes » avaient été installés dans le bâtiment qu’occupe le Conseil des ministres de l’Union européenne ! « Ces dispositifs ont été coulés dans le béton et ont donc été installés lors de la construction du bâtiment, quelque part entre 1989 et 1995, par des gens qui connaissaient particulièrement bien les lieux » explique-t-on au Conseil des ministres. Alors qui a posé ces dispositifs d’écoute ? Si personne n’est capable aujourd’hui de répondre concrètement à la question, certains considèrent que « ceux qui les ont placés étaient intéressés par les négociations économiques et commerciales, car à l’époque l’Union n’avait pas de compétence dans d’autres domaines comme la sécurité ou la défense ». Or l’Union ayant acquis depuis des compétences dans des domaines sensibles, « que ce soit sur le plan de l’économie, de la politique étrangère, de la défense ou encore de la sécurité intérieure », il est clair que les décisions prises à Bruxelles intéressent de plus en plus de gens, à commencer par les pays tiers. « Savoir si la Commission va, par exemple, accepter ou refuser une fusion n’a pas de prix » ou bien « réagir avant qu’une décision soit prise pour la bloquer ou l’orienter » n’a pas de prix non plus. Or si ces dispositifs ont été décelés, d’autres moyens d’écoutes ou d’espionnage sont possibles, et ce d’autant plus qu’à vingt-cinq Etats membres « les contrôles deviennent difficiles ». Ainsi, « il y a parfois de parfaits inconnus qui assistent à nos débats et qui disparaissent brutalement quand on s’intéresse à eux », se plaint un diplomate européen. La France, elle, rêve d’un peu plus d’opacité et de prise de conscience des enjeux : « Il faudrait un minimum de patriotisme européen, une prise de conscience que nous avons des intérêts à défendre face aux Américains, aux Chinois ou aux Japonais. Ils n’ont pas besoin de tout savoir à l’avance »... (Libération, 28.11).


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