mercredi 18 octobre 2017

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Les start-up, armes stratégiques d’Israël

L’Usine Nouvelle

lundi 18 décembre 2006, sélectionné par Spynews

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Arrosées par des fonds publics et privés, stimulées par le secteur de la défense, les jeunes entreprises technologiques israéliennes s’épanouissent dans un environnement exceptionnel.

La pépinière d’entreprises où s’est installée IDesia a des faux airs de Sofia Antipolis. Même douceur méditerranéenne, population d’ingénieurs polyglottes similaire, anglais de rigueur. Mais c’est à Césarée, station balnéaire israélienne en vue, que la jeune pousse a ouvert ses premiers locaux. Depuis 2004, elle y développe des instruments de biométrie. Des capteurs d’identification basée sur les signaux physiologiques émis par le corps, « plus sûrs que les empreintes digitales ou que l’iris de l’oeil », assure le PDG, Baruch Levanon. Destinée initialement au marché de la défense, la technologie d’IDesia s’adresse aux fabricants de matériel informatique, de téléphones, de cartes à puces qui veulent sécuriser leurs produits.

Une santé insolente

Depuis Sofia Antipolis, IDesia aurait probablement peiné à trouver les millions d’euros nécessaires à son financement. Car pour une start-up, Israël constitue un véritable eldorado. Le capital-risque, principale source de financement des projets technologiques de part le monde, y est d’une santé insolente. L’an dernier, la cinquantaine d’investisseurs professionnels basés dans le pays ont injecté 1,34 milliard d’euros dans les entreprises high tech locales. 900 entreprises en ont profité. En France, sur la même période, moins de 220 sociétés trouvaient un financement. Et elles ont dû se contenter de 480 millions d’euros. Un retard qu’une délégation de professionnels du capital-investissement français a constaté de visu, le mois dernier, lors d’un voyage d’études.« C’est surprenant. Tout un écosystème a été mis en place pour favoriser la création d’entreprise », commente Eddie Misrahi, vice-président de l’Association française des investisseurs en capital (Afic).

La performance du dispositif israélien d’aides à la technologie dépasse, en effet, celle de ses capitaux-risqueurs. Le nombre de nouvelles technologies mises au point dans le pays, tout d’abord, est impressionnant. Ancien investisseur en capital, lui-même, Yair Shamir, le président d’IAI (Israelian Aeroscraft Industry), l’une des plus grosses sociétés d’Israël, 15000 salariés et 2,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires, avance une explication. « L’objectif a toujours été de doter le pays de solutions de défense que nous n’avions pas les moyens d’acquérir à l’extérieur. » Deux à trois ans de service militaire obligatoire dans des centres de recherche permettent aux jeunes ingénieurs de plancher sur des innovations qu’ils pourront tenter de développer, une fois revenus à la vie civile.

Les technologiques qui ne finissent pas « secret défense » alimentent ainsi la création d’entreprise. Victor Shenkar porte l’un de ces projets. Après des années consacrées à reproduire le Golan en 3 dimensions pour les pilotes de l’Air Force israélienne, l’ingénieur a créé Geosim Systems. La société qui emploie vingt personnes, dont la moitié sur un site basé en Inde, propose des reproductions 3D de villes. Elle vient d’obtenir son premier contrat, aux Etats-Unis : une visite virtuelle de Philadelphie, pour l’office de tourisme local. Un autre ancien de l’Air Force, RafiKoriat,rentré au pays après quinze ans aux Etats-Unis s’est replongé dans l’entreprenariat. Comme beaucoup de quinquagénaires, il a accepté de diriger AI Medical qui a mis au point un implant médical destiné au contrôle des pacemaker (voir encadré ci-dessous). « Nous avons aussi en portefeuille une société qui a conçu une capsule vidéo qui s’avale et détecte les lésions intestinales. Elle fonctionne comme une tête de missile », raconte Amir Guttman, responsable du fonds d’investissement Aviv, doté de 150 millions de dollars.

Un dispositif d’aides publiques performant

Mais les entrepreneurs israéliens disposent d’un autre atout que leur passage dans l’armée : Technion (voir photo ci-dessus). Perché sur un mont dominant Haïfa, à 80 kilomètres de Tel-Aviv, ce véritable MIT du Moyen-Orient incite ses 12800 étudiants à choisir la voie de la création d’entreprise. « Technion est structuré pour commercialiser les start-up des étudiants et favoriser les transferts de technologie », reconnaît Uzi de Haan, responsable du centre « entreprenariat » de Technion. L’université alimente ainsi 70% des ingénieurs du pays. Une population qui a explosé dans les années 90 avec l’arrivée d’un million d’immigrés russes, dont plus d’un sur trois était ingénieur de formation. Mais pour susciter des vocations d’entrepreneur, Israël a aussi créé un dispositif d’aides publiques performant. 24 incubateurs assurent le suivi de six ou sept projets chacun.

L’un d’entre eux a même été créé par un fonds d’investissement, Jerusalem Venture Partners. « Nous avons démarré en 1993 grâce à plusieurs français, l’assureur GAN, France Télécom, EdF, qui nous ont confié des fonds à investir dans la technologie israélienne », rappelle son président Erel Margalit. Pionnier dans le financement des technologies optiques et du broadband wireless, le fonds s’est depuis spécialisé dans les nouveaux médias. Erel Margalit, physique de cinéma et vedette du capital-risque israélien, est convaincu de pouvoir créer depuis Jérusalem un pôle d’excellence mondial autour des nouveaux médias. Cinq de ses investissements font l’objet d’un coaching serré au sein de l’incubateur de JVP. Et bénéficient au passage d’un cofinancement de l’Etat. « Ondit que chez nous, il suffit de coucher une idée surdupapier pour obtenir quelques millions de dollars », s’amuse Eli Opper, Chief Scientist, le patron israélien de la recherche. Discret, passionné de foot et fan de Zidane, il distribue chaque année une enveloppe de centaines de millions de dollars dont ont bénéficié l’an dernier 400 sociétés.

Pour valider ces projets, le « scientifique en chef »s’est entouré d’un comité d’experts du secteur privé. Mais lui ne retient qu’un seul critère déterminant : « Chaque dossier doit démontrer qu’il a une chance à l’export. Notre pays est bien trop petit pour qu’une entreprise technologique puisse croître sur son marché local », expose-t-il. C’est là qu’entre en jeu le formidable réseau de connexion des Israéliens. « En quelques coups de fil, vous décrochez un rendez-vous avec le patron d’un grand groupe européen ou américain qui va vous aider pour votre projet », témoigne Baruch Lebanon, d’IDesia. Pendant longtemps, les start-up israéliennes ont appliqué une stratégie pour faciliter leur développement à l’international et s’assurer des financements : recruter un PDG américain. « Cela représente un lourd investissement, reconnaît Amir Guttman, mais cela peut sauver un projet. »

Les start-up israéliennes se sont ainsi hissées au premier rang des sociétés étrangères présentes sur le Nasdaq. Aujourd’hui, les nouvelles contraintes imposées aux cotations aux Etats-Unis (loi Sarbanes-Oxley sur la communication financière) ont refroidi les ardeurs des entrepreneurs israéliens. C’est en Europe qu’ils poursuivent leur quête de financement. « Depuis 2004, vingt introductions en Bourse ont eu lieu en Europe contre quatre seulement aux Etats-Unis », précise Edouard Cukierman, jeune fondateur de l’un des plus anciens fonds du pays, Catalyst, première société israélienne cotée à Paris dans les années 90. Mais c’est vers Londres que se tournent les entrepreneurs israéliens. Pas vers Paris. « On y considère encore les sociétés israéliennes comme très risquées », regrette-t-il. Plus risquées que celle de Sofia Antipolis.

Reportage, Sylvie Andreau

Des financements qui viennent aussi d’europe

Le dispositif israélien d’aides à la création prévoit aussi d’accompagner les start-up hors du pays. Et pourquoi pas d’y obtenir des financements complémentaires. Lors d’un congrès de cardiologie, à Prague, en 2004, la jeune pousse israélienne AI Medical se fait remarquer par les responsables d’une filiale française de Sorin Group, 4 800 salariés, spécialisée dans les implants cardiaques. AI Medical a mis au point un processeur neuronal assez petit et à la consommation d’énergie assez faible pour s’adapter parfaitement aux stimulateurs du français. Après plusieurs allers-retours entre Tel-Aviv et Paris, AI Medical intègre donc, il y a quelques mois, un projet européen d’un budget total de 3 millions d’euros sur trois ans. Et devrait bientôt trouver de nouvelles applications à sa technologie. « La force des chercheurs israéliens comme ceux d’AI Medical est qu’ils n’hésitent pas à quitter l’université, à sortir de leur laboratoire pour chercherdes actionnaires et des partenaires », constate Alain Ripart, vice-président et directeur scientifique d’Ela Medical, la filiale de Sorin Group.

Poids économique

La high-tech israélienne a contribué l’an dernier pour 40% au pIB du pays et pour 15% à la croissance de l’emploi.

Capital-risque

- 1,34 milliard de dollars ont été injectés par les investisseurs en capital dans de eunes entreprises israéliennes en 2005.
- 34 fusions-acquisitions ont été réalisées pour un montant de 2,5 milliards de dollars.
- 20 introductions en Bourse ont permis de lever 650 millions de dollars. Source : Israelian Venture Association


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