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Robert Gates, un pilier de la CIA à la rescousse du Pentagone

Reuters

lundi 18 décembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, aura la lourde tâche d’incarner un changement très attendu dans la politique des Etats-Unis en Irak, dont l’échec jusqu’ici a coûté cher aux républicains.

Natif du Kansas, Gates, 63 ans, doit remplacer lundi Donald Rumsfeld, point focal de l’opposition à l’intervention américaine en Irak, qui a démissionné après le fiasco républicain aux élections de mi-mandat.

Il a été confirmé le 6 décembre à la tête du Pentagone par le Sénat au lendemain d’un vote unanime en sa faveur de la Commission des forces armées. Sa nomination aura pris trois jours. La dernière fois qu’il avait recherché l’approbation du Sénat pour sa nomination à un poste gouvernemental - celui de directeur de la CIA - les auditions avaient duré trois semaines.

Les sénateurs des deux camps ont salué la franchise du candidat, qui a jugé devant la commission que les Etats-Unis n’étaient pas en train de gagner la guerre en Irak.

L’OMBRE D’IRAN-CONTRAS

Gates a expliqué que le président George Bush attendait de lui un regard neuf sur la guerre et que toutes les options étaient envisagées. Au sénateur démocrate Carl Levin (Michigan), futur président de la commission des forces armées, qui lui demandait si les Etats-Unis étaient en train de l’emporter en Irak, il a répondu : "Non, monsieur."

Son langage sans fioritures a été accueilli favorablement par des sénateurs habitués au style alambiqué, parfois dédaigneux, de Rumsfeld. Ils ont insisté en outre sur l’ampleur et l’importance de la tâche du chef du Pentagone, qui devra contribuer aux efforts de stabilisation de l’Irak, même si le dernier mot revient à Bush sur les questions de défense.

Hasard du calendrier, sa confirmation survenait le jour même de la remise du rapport du Groupe d’étude sur l’Irak - dont il a été membre - qui a prôné une refonte de la politique irakienne de Washington basée sur une nouvelle approche régionale.

Contrairement à son expérience de 1991, où il avait bataillé ferme pour être confirmé à la tête de l’agence de renseignement, le plus dur reste à venir pour Gates, selon des experts.

Les démocrates avaient fait savoir avant les audiences de confirmation qu’ils attendaient deux choses de lui : une volonté de changer de stratégie en Irak et une capacité à résister aux pressions du reste du gouvernement.

"Concernant notre politique ratée en Irak, il est important que la Maison blanche ne se contente pas de changer d’acteurs, mais aussi de scénario", prévenait ainsi Philippe Reines, conseiller auprès de la sénatrice démocrate Hillary Rodham Clinton, membre de la Commission des forces armées.

NOUVELLES PRÉROGATIVES

Gates est entré à la CIA comme simple employé, au bas de l’échelle, en 1966. Il en gravit les échelons pour en devenir le directeur adjoint (de 1986 à 1989) puis le chef, de 1991 à 1993.

Il a également servi en tant que conseiller adjoint à la Sécurité nationale auprès du président George Bush, père de l’actuel président, à la Maison blanche de 1989 à 1991.

En 1991, lors des audiences de confirmation à son poste de directeur de la CIA, Gates avait été accusé d’avoir orienté des rapports de ses services, dans les années 1980, pour servir la ligne farouchement antisoviétique de l’administration Reagan.

A l’époque, Gates avait aussi été longuement interrogé sur son rôle présumé dans l’affaire "Iran-Contras" - la vente secrète par les Etats-Unis d’armes à l’Iran, dont les revenus avaient servi à financer les rebelles nicaraguayens "contras", anti-sandinistes. Le sénateur Levin avait voté contre Gates, lui reprochant d’avoir manqué de franchise sur ce dossier.

Selon des experts, Gates ne va probablement pas mettre le holà aux nouvelles activités du Pentagone dans le domaine du renseignement, qui ne font pas l’unanimité. Mais il pourrait contribuer à réparer ses relations avec les agences civiles de renseignement, mises à mal par le style abrupt de Rumsfeld.

Sous la férule de ce dernier, le Pentagone a cherché à s’impliquer davantage dans des opérations de collecte de renseignement traditionnellement réservées à des organismes civils tels que la CIA, un développement interprété comme une tentative par le secrétaire à la Défense d’accroître son pouvoir à la faveur de l’affaiblissement de la CIA, consécutif aux attentats du 11 septembre 2001.


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1 Message

  • Robert Gates, un pilier de la CIA à la rescousse du Pentagone 18 décembre 2006 21:55, par Robert Z.

    Ayant notamment travaillé en Irak, j’ai été intéressé par votre article..

    Le président américain, écrivez-vous, attend "un regard neuf sur la guerre". Il faut espérer que ce regard nouveau arrive. Malheureusement les Américains éprouvent une énorme peine à comprendre des peuples et des mentalités éloignés des leurs. Ils procèdent par projection de leur propre comportement sur des pays qui leurs sont, semble t’il, peu connus, ils préjugent des réactions, et s’étonnent ensuite que les résultats ne soient pas ceux qu’ils avaient prévus.

    Me permettez-vous de signaler deux petits articles qui précisément expliquent cette erreur américaine fondamentale, qui leur a valu et leur vaut encore tant de déboires. D’une part "Irak, l’échec inévitable" sous
    http://politic.blog4ever.com/blog/l...
    et d’autre part "CIA : Ignorance des comportements = échec" sous
    http://politic.blog4ever.com/blog/l...

    Je tiens par ailleurs à vous remercier pour votre fort intéressant site.

    Robert Z.

    Voir en ligne : http://politic.blog4ever.com/blog/i...