vendredi 20 octobre 2017

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Tempête sur les relations russo-britanniques

Le Figaro

samedi 23 décembre 2006, sélectionné par Spyworld

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Depuis l’affaire Litvinenko, tué au polonium 210 il y a un mois, les relations entre Londres et Moscou se sont grandement détériorées.

LES INSPECTEURS de Scotland Yard ont quitté Moscou mercredi après dix jours d’enquête, mais la tempête que traversent les relations russo-britanniques est loin d’être terminée. Un mois après l’assassinat à Londres, au polonium 210, de l’ex-espion russe Alexandre Litvinenko, qui venait d’obtenir la citoyenneté britannique, l’idée que ce complot ait pu être ourdi dans les structures d’État des services russes reste l’une des principales hypothèses des enquêteurs et des services de renseignement anglais.

Les policiers de la cellule antiterroriste de Scotland Yard ne semblent pas avoir rassemblé de preuves probantes lors des entrevues qu’ils ont pu avoir avec Andreï Lougovoï et Dimitri Kovtoun, deux anciens des services secrets soupçonnés d’être directement mêlés à l’empoisonnement. Les entretiens ont été menés par des enquêteurs russes, et leurs homologues britanniques se sont plaints en privé de ne pas avoir pu poser toutes les questions qui les intéressaient. Derrière les sourires officiels, la coopération des Russes aurait été plus que minimale, à en croire certaines sources anglaises informées. «  Les Britanniques ne lâcheront pas sur cette affaire, car il s’agit d’une menace de santé publique, due à des matériaux nucléaires extrêmement rares et difficiles à acquérir. Si jamais il se révèle que l’État russe est impliqué, ce sera une crise majeure  », prédit le politologue russe, Mikhaïl Deriaguine.

Les tensions diplomatiques pourraient d’ailleurs rebondir rapidement, avec l’arrivée prochaine de procureurs russes à Londres. Les Russes ont demandé à interroger en Angleterre le milliardaire russe Boris Berezovski et le représentant des indépendantistes tchétchènes Akhmed Zakaïev, des proches de Litvinenko. Ils ont accusé le Kremlin d’être derrière la mort de l’espion. Moscou affirme au contraire que l’assassinat a été organisé par «   les ennemis du régime de Poutine, depuis l’étranger  », pour déstabiliser la Russie. Le Kremlin espère sans doute détourner le tir des critiques qui s’élèvent à travers le monde. Et obtenir l’extradition de ses deux ennemis jurés. Depuis que Berezovski et Zakaïev ont obtenu l’asile politique à Londres, le pouvoir russe n’a cessé de revenir à la charge.

Quatre diplomates anglais accusés d’espionnage

«   Les proches de Poutine sont persuadés que les Anglais participent au complot de Berezovski pour affaiblir le pays  », dit une source. Le dossier a contribué à dégrader des relations russo-britanniques déjà obscurcies par la participation de Londres à l’intervention militaire américaine en Irak. «   Aujourd’hui, affirme le journaliste Andreï Soldatov, spécialiste des services russes, les hommes du FSB sont obsédés par les services britanniques, qu’ils voient comme leurs principaux ennemis, devant les Américains.  »

Depuis le début de l’année, les relations s’enveniment dangereusement. Quatre diplomates anglais ont été accusés d’espionnage, après la découverte d’un système d’écoutes dissimulé derrière une pierre d’un parc de Moscou. Cette affaire a permis de justifier la mise au ban de plusieurs ONG, soupçonnées de travailler pour les services anglais. Le British Council a été inquiété par les services fiscaux russes. Et l’ambassadeur britannique à Moscou, Anthony Brenton, est harcelé depuis qu’il a osé prendre la parole, cet été, lors d’un sommet de l’opposition russe, juste avant le G8.

Le président Poutine avait prévenu qu’une participation à une telle conférence serait perçue « comme un geste inamical, vis-à-vis du Kremlin ». Peu après, Nachy (« les Nôtres »), une organisation de jeunesse poutinienne, a commencé à harceler le diplomate, organisant des meetings et des provocations, à proximité des endroits où il se rendait. Le calendrier de ses déplacements et son adresse ont été publiés sur Internet. Un représentant de Nachy a retiré sa chaise au moment où il s’asseyait, au restaurant. Un autre lui a crié  : «  Excuse-toi Brenton  !  » Il y a trois semaines, le Foreign Office a écrit une plainte au ministère des Affaires étrangères russe, parlant de «   harcèlement à la limite de la violence  ». Des diplomates russes ont critiqué en privé ces débordements, mais un porte-parole du ministère a expliqué que les actions des Nachy étaient légales et que «   les réprimer serait une atteinte à la liberté de parole  ».

Le gouvernement Blair fait le gros dos

Dernière manifestation de la tension grandissante entre les deux pays, les émissions du service russe de la BBC sont brouillées depuis l’affaire Litvinenko. Le camp des inquiets grandit en Grande-Bretagne. Certains journaux ont rappelé la mort de Stephen Curtis, directeur de la principale société du holding Ioukos, en 2004, dans un mystérieux accident d’hélicoptère. Le gouvernement Blair, qui attend les conclusions de l’enquête, fait pour l’instant le gros dos. De gros intérêts économiques et énergétiques sont en jeu.


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