vendredi 20 octobre 2017

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Quand les Renseignements ne renseignent pas…

Shraga Blum, a7fr.net

jeudi 28 décembre 2006, sélectionné par Spynews

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Les récentes déclarations et gesticulations de Bachar El Assad quant à sa disposition d’entamer des pourparlers de paix avec Israël, ont surpris tout le monde, et ont particulièrement jeté plus d’ombre que de lumière aux preneurs de décision quant aux intentions réelles du maître de Damas, notamment du fait des interprétations contradictoires qu’en on fait les différents organismes du Renseignement israélien.

La presse s’est fait largement l’écho des déclarations assurées des uns et des autres, chacun fort de son expérience et confiant en ses sources. Si les Renseignements militaires (Aman) abondaient dans le sens du Ministre de la défense pour accorder des intentions sincères au Président Syrien, le Mossad, par contre, par la voix de son directeur, Meir Dagan, mettait le gouvernement en garde contre une manœuvre tortueuse du pouvoir syrien mis à mal ces derniers temps.

Ce « pluralisme » des renseignements tient son origine de la célèbre Commission Agranat qui avait été chargée d’enquêter sur les défaillances qui avaient précédé la Guerre de Kippour en 1973, en « enlevant » l’exclusivité aux Renseignements militaires sur les intentions des ennemis du pays. Avec les années, d’autres services de renseignements encore se sont créés, notamment au sein du Ministère des Affaires étrangères et au Shabak (Service de Sécurité intérieure). Il s’est ensuite avéré que non seulement, les services émettaient des avis différents sur des questions cruciales, mais que même au sein de chaque service il existait parfois des différences d’appréciations notables !

A titre d’exemple, lors du début de la deuxième Intuifada, au sein des Renseignements militaires (Aman), le « Département palestinien » était persuadé que les émeutes avaient débuté de manières spontanées, et que la direction palestinienne voulait toujours arriver à un accord avec Israël, alors que de son côté, la direction du service considérait que ces événements étaient planifiés et faisaient partie du plan par étapes d’Arafat. On sait maintenant où se situe la vérité ! Mais ce qui est grave ans l’histoire, c’est que les tenants de la deuxième option n’ont pas eu assez de force pour convaincre les preneurs de décision de l’époque.

Comment solutionner ce problème ? S’il est vrai que la pluralité d’opinions est une chose nécessaire, lorsqu’il s’agit de conseiller des hommes politiques qui vont devoir prendre des décisions graves, cela devient plus délicat. Un Premier ministre n’a ni le temps ni la capacité d’entrer dans les méandres du monde du renseignement pour se faire sa propre opinion ! Il ne doit pas non plus être mêlé aux divergences de vue entre les différents services, et jouer le rôle d’arbitre. Au contraire, il devrait recevoir du « matériel fini et prêt à l’emploi ». Il faudrait donc qu’il nomme un Conseiller de Renseignement, homme d’expérience en la matière, qui puisse avoir une autorité sur les différents services existants. Cette personne devrait être en permanence auprès du Premier ministre, avoir sa confiance absolue, faire la synthèse des avis qui sont exprimés et au besoin, pourrait même lui imposer son avis.

Cela éviterait peut-être la cacophonie étalée dans la presse, à laquelle nous avons assistée lors des derniers développements du volet israélo-syrien. Les décisions à prendre sont trop importantes et cruciales, pour laisser une place croissante aux doutes ou aux opinions antagonistes. Les dirigeants et membres des différents services de renseignements étant – eux aussi – des êtres humains, il est inévitable que leur évaluation d’une situation puisse parfois être influencée par leurs options politiques, leurs désirs ou leurs illusions.

Nos ennemis laissant volontairement planer le flou sur leurs réelles intentions, il est nécessaire et urgent de renforcer et réorganiser nos moyens de renseignements afin de ne pas nous retrouver dans des situations inextricables voire dans dangereuses.

Cet article a été écrit sur la base d’une réflexion du Dr Yossi Ben Ari, général de réserve et ancien membre des services de renseignements.


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