dimanche 10 décembre 2017

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L’espion qui venait de l’Ouest

Michèle Boisvert, Lapresseaffaires.com

vendredi 5 janvier 2007, sélectionné par Spynews

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(4 octobre 2006) On croyait l’histoire classée et voilà qu’elle refait surface avec fracas ! Un nouveau chapitre de la saga d’espionnage mettant en vedette WestJet et Air Canada vient d’être écrit et il est plutôt savoureux.

Clive Beddoe, le président du conseil et chef de la direction de WestJet, en est le personnage central. Doit-on s’en étonner ?

M. Beddoe n’apprécie pas du tout, mais alors pas du tout le scénario. Il faut dire qu’il a un bien mauvais rôle, celui d’un tricheur, doublé d’un fieffé menteur.

Ce rebondissement spectaculaire est l’oeuvre du Globe and Mail de Toronto.

Le quotidien torontois a eu accès aux documents déposés en preuve lors du procès pour espionnage intenté en avril 2004 par Air Canada contre son rival WestJet. Parmi ceux-ci, un document d’une centaine de pages est dévastateur pour M. Beddoe.

Rappelons que ce dernier a toujours soutenu qu’il n’était pas au courant de la collecte intensive de données confidentielles sur le site d’Air Canada à laquelle s’adonnait Mark Hill, un ancien vice-président de WestJet. Le document, obtenu par le Globe, démontre tout le contraire. Clive Beddoe aurait non seulement reçu des courriels de M. Hill, mais il en aurait discuté le contenu avec d’autres gestionnaires, allant même jusqu’à modifier sa stratégie d’entreprise en réaction aux informations recueillies. Au moins 45 de ces courriels sont répertoriés sur une période de près d’un an, soit entre avril 2003 et mars 2004.

Toute cette histoire d’espionnage est digne d’un scénario de film qu’on jugerait probablement tiré par les cheveux, tant il est invraisemblable. Revenons en mars 2004. Air Canada, qui a eu vent des visites fréquentes de Mark Hill sur son site confidentiel, engage deux enquêteurs pour tirer cette histoire au clair. Ces derniers, n’hésitant devant rien, volent les sacs-poubelles que l’ancien vice-président a déposés devant sa demeure de Victoria, en Colombie-Britannique. Ces sacs sont convoités pour une raison bien simple : ils regorgent de brins de documents déchiquetés. Pour en déchiffrer le contenu, les enquêteurs expédient les brindilles à une firme de Houston qui reconstitue électroniquement les documents grâce à une technologie numérique. James Bond n’aurait pu trouver mieux !

En avril 2004, un mois après l’épisode des sacs verts, Air Canada dépose une poursuite pour espionnage contre WestJet. Pendant deux ans, les deux transporteurs se livreront une bataille judiciaire acharnée. Puis, le 29 mai 2006, autre revirement. Prenant tout le monde au dépourvu, Air Canada et WestJet annoncent la conclusion d’une entente à l’amiable, où WestJet consent à débourser 15,5 millions de dollars en frais et dommages.

Dans le communiqué accompagnant cette annonce, WestJet reconnaît que " certains membres de sa direction avaient, à de multiples reprises, accédé clandestinement à un site intranet confidentiel, protégé par mot de passe, exploité par Air Canada afin de télécharger des informations détaillées et commercialement sensibles, et ce, sans le consentement d’Air Canada ". WestJet disait regretter sincèrement de s’être adonnée à une telle pratique et présentait ses excuses sans réserve à Air Canada et son président, Robert Milton.

On croyait l’histoire close... jusqu’au mois dernier. C’est alors que la cour ontarienne, qui avait entendu la cause, a rendu public les documents déposés en preuve par Air Canada. Il y avait sept boîtes pleines. C’est en fouillant cette manne que le Globe a mis la main sur le document relatant la correspondance de Clive Beddoe et Mark Hill.

La lecture de ces courriels, dont quelques-uns sont publiés dans le numéro d’hier du Globe and Mail, est accablante pour M. Beddoe. Qu’à cela ne tienne, ce dernier maintient sa version des faits arguant que ces courriels ont été cités hors contexte. Il est catégorique. Parole de Clive Beddoe, il n’a jamais utilisé de données confidentielles pour établir sa stratégie d’affaire. Vraiment ?

Certains des courriels contenus dans le document obtenu par le quotidien torontois concernent JetsGo, ce transporteur aérien, propriété de Michel Leblanc, qui a fait faillite l’an dernier. À l’époque, M. Leblanc avait d’ailleurs ciblé le transporteur albertain comme cause principale de ses déboires. Il nous a été impossible hier de savoir comment l’homme d’affaires montréalais réagissait à ces nouvelles révélations. Un autre chapitre, intitulé la vengeance de Michel Leblanc, s’ajoutera-t-il à cette saga ?

À suivre...


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