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John Michael McConnell, nouveau maître de l’espionnage américain

Le Temps

lundi 8 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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George Bush est allé rechercher dans le privé ce consultant couvert d’or pour remplacer John Negroponte à la tête du renseignement américain. Portrait d’un homme secret.

Ceux qui ont travaillé avec lui évoquent un homme mesuré, méthodique, méticuleux. Un homme aux manières douces, qui ne s’emporte jamais, qui a gardé l’accent un peu exotique de sa Caroline du Sud natale. Mais John Michael McConnell, 63 ans, est surtout un homme passablement secret. De ceux qui, à force d’en savoir beaucoup, parlent peu.

Dans sa volonté de montrer qu’il garde la situation en main et qu’il n’est pas en manque de stratégie victorieuse, le président George Bush vient de rappeler près de lui le fidèle John Negroponte. Problème : il laissait ainsi vacant le fauteuil du directeur national du renseignement, ce poste qui vise à coordonner les activités des services de renseignement. Un poste exposé, que personne ne voulait occuper lors de sa création il y a tout juste deux ans, imposée au président par un Congrès qui s’alarmait des failles montrées par les attentats du 11 septembre 2001. Un poste pourri, qui consiste à faire régner l’ordre dans un monde où sévissent les secrets et les rivalités. Le monde du renseignement, ce sont seize agences fédérales qui ont passé une bonne partie de leur temps à se tirer dans les pattes. Ce sont, peu ou prou, quelque 100000 bureaucrates peu soucieux d’obéir à d’autres qu’à leur chef direct. C’est une machine gigantesque et surpuissante, dotée au total d’un budget annuel colossal de 40 milliards de dollars.

Accent chantant

Le Sudiste à l’accent chantant sera-t-il l’homme de la situation ? Michael McConnell n’est pas un nouveau venu dans le renseignement. Dès la fin de la guerre du Vietnam, il est devenu un « intelligence officer » chargé de se concentrer sur l’ennemi communiste. C’est la guerre menée par George Bush père pour libérer le Koweït qui le révèle, en 1991. C’est lui qui sera chargé de soumettre quotidiennement les informations sensibles à la Maison-Blanche. Selon la formule du New York Times, il entrera alors dans « le club ». Ce club dont les membres ont pour noms Dick Cheney, actuel vice-président, Robert Gates, qui a pris il y a peu la tête du Pentagone, ou encore Condoleezza Rice, qui travaillait à l’époque au Conseil national de sécurité.

A cette époque, le visage de Michael McConnell devient, pour un temps, familier aux foyers américains. Invité des plateaux de télévision, il détaille les mouvements de troupes américaines et les enjeux de l’opération « Tempête du désert ».

Première ligne

Prenant ensuite la tête de l’Agence de sécurité nationale (ASN), McConnell est chargé d’administrer sa dégringolade. Union soviétique terrassée, instauration d’un « nouvel ordre mondial » : les budgets sont partout revus à la baisse. Le chef de l’ASN rogne sur les programmes de développement de l’agence pour mettre sur pied certaines opérations. Ces services seront notamment en première ligne lorsqu’il s’agit de recueillir des informations sur la guerre de Bosnie. Depuis lors, l’heure de la débandade a sonné chez les espions de l’Amérique. Guerre à couteaux tirés entre divers services, mais aussi entre la CIA et le Pentagone à propos de la guerre contre le terrorisme et de la guerre contre l’Irak. Dans le rapport qu’il a délivré récemment, l’Iraq Study Group, mené par Baker-Hamilton montrait l’étendue des dégâts : « Notre gouvernement ne comprend ni les caractéristiques de l’insurrection en Irak ni le rôle des milices », expliquait-il, entre autres amabilités.

Cote montante

Entre-temps, Michael McConnell s’était fait discret. Passé dans le privé, sa cote n’a pourtant cessé de monter, le faisant figurer dans la poignée de consultants dont les conseils valent leur pesant d’or. La notion de « privé » n’a qu’un sens tout relatif ici. Engagé par la firme Booz Allen Hamilton spécialisée dans les conseils stratégiques pour les grandes entreprises, l’ancien chef espion a pu exploiter au mieux ses connaissances. Sa société était notamment liée au projet « Total Information Awareness » qui visait à collecter des sommes phénoménales de renseignements sur le commun des Américains et qui fut stoppé en 2003, à la demande du Congrès. Depuis lors, Booz Allen s’est vu attribuer de nouveaux contrats, pour d’autres projets « expérimentaux » en développement, visant à analyser de très grandes quantités d’informations, d’enregistrements de communications ou de transactions financières.

John Michael McConnell, en réalité, n’est jamais sorti du club.

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Le nouveau chef du renseignement Mike McConnell, sous les regards de George W. Bush. Photo : Keystone


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